À Xalapa, capitale de l’État mexicain de Veracruz, certaines traditions ne se transmettent pas depuis des siècles. Il suffit parfois de quelques amis, d’une rue en pente et de trois melons pour en inventer une. Chaque 15 septembre, des centaines de fruits décorés sont ainsi lâchés sur les pavés du quartier de Xallitic, sous les encouragements d’une foule venue assister à l’une des compétitions les plus singulières du Mexique.
L’édition 2026, organisée le 15 septembre à la veille de la fête nationale mexicaine, a réuni plus de 300 melons. Elle constituait la 22e édition d’une manifestation devenue un véritable rendez-vous familial dans la ville.
Un melon, une pente et beaucoup de hasard
Le principe de la Carrera de Melones est d’une simplicité désarmante. Chaque participant apporte son propre melon, le personnalise puis le place au départ d’une rue fortement inclinée. Lorsque le signal est donné, les fruits sont lâchés et doivent atteindre l’arrivée sans que leur propriétaire puisse corriger leur trajectoire.
Le parcours emprunte notamment la rue Doctor Rafael Lucio, dans le quartier historique de Xallitic. En 2026, les melons ont parcouru environ 150 mètres. Leur vitesse dépend de leur poids, de leur forme, des irrégularités des pavés et, surtout, d’une bonne dose de hasard.
Impossible donc de véritablement « piloter » son concurrent. Certains dévalent la pente presque en ligne droite, d’autres changent brutalement de direction ou terminent leur course contre un bord de chaussée. Les propriétaires peuvent courir à proximité, mais pas pousser ni remettre leur fruit dans le droit chemin.
Des fruits transformés en personnages
La vitesse n’est pourtant qu’une partie du spectacle. Bien avant le départ, les concurrents consacrent parfois plusieurs jours à décorer leur melon. Peinture, fils, tissus et accessoires permettent de transformer les fruits en personnages issus du cinéma, des séries, des dessins animés ou de l’imagination de leur propriétaire.
Les organisateurs récompensent ainsi non seulement les meilleurs coureurs, mais également certaines créations. La participation reste gratuite et les melons peuvent être de différentes tailles. La pastèque, en revanche, n’est pas invitée dans la compétition.
Lors de l’édition 2026, le melon de Marcel Trinidad et Ivan González a remporté la course. Mais autour de la pente de Xallitic, la victoire apparaît presque secondaire face au spectacle offert par ces fruits personnalisés roulant au milieu des cris et des encouragements.
Une fausse tradition devenue bien réelle
L’histoire de la course est presque aussi insolite que la compétition elle-même. Tout commence en 2004. Manuel López Rocha et quelques amis imaginent alors filmer un faux documentaire présentant le roulement de melons comme une ancienne coutume locale. Les rues étant fermées à la circulation durant les célébrations de l’Indépendance, ils disposent du décor idéal pour donner vie à leur invention.
Le faux documentaire n’a jamais véritablement laissé sa marque. La fausse tradition, elle, a survécu. Année après année, d’autres habitants ont rejoint le jeu jusqu’à transformer la plaisanterie en événement populaire.
Aujourd’hui, la Carrera de Melones attire des centaines de participants et des milliers de curieux. Derrière son apparente absurdité, elle est aussi devenue un moment de rassemblement pour Xalapa, notamment pour les jeunes générations. Une tradition inventée de toutes pièces qui démontre qu’une coutume n’a pas toujours besoin d’être ancienne pour finir par appartenir à une ville.
La Rédaction

