À la tribune des Nations unies, Khartoum a dénoncé les soutiens extérieurs qui prolongent la guerre opposant l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide. Le différend avec Washington autour du visa refusé au général Abdel Fattah al-Burhan révèle cependant une autre dimension du conflit : la bataille diplomatique sur les conditions d’une paix que chaque acteur entend influencer.
La guerre au Soudan se poursuit aussi loin des champs de bataille. Devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, lundi 28 septembre, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieldin Salim Ahmed Ibrahim, a appelé à mettre fin aux livraisons d’armes, de munitions et à l’arrivée de combattants étrangers qui contribuent, selon Khartoum, à prolonger le conflit.
Intervenant à la place du général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée et président du Conseil souverain de transition, le ministre a également dénoncé le refus américain de délivrer à ce dernier un visa pour participer aux travaux de l’Assemblée générale. Un incident qui intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et les autorités soudanaises sur les modalités d’un cessez-le-feu.
Au-delà de cet épisode diplomatique, le discours de Khartoum met en lumière une réalité désormais documentée par les enquêteurs internationaux : la guerre soudanaise est également entretenue par des réseaux transnationaux qui renforcent les capacités militaires des belligérants.
Une guerre alimentée au-delà des frontières
Depuis avril 2023, l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), commandées par Mohamed Hamdan Dagalo, s’affrontent pour le contrôle du pays. Mais les moyens employés dans cette guerre dépassent largement les seules ressources militaires nationales.
Dans un rapport publié le 3 septembre, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan, mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a documenté le rôle de réseaux étrangers dans le recrutement de combattants, la fourniture d’armements, de technologies militaires et de soutien logistique.
Les enquêteurs ont notamment identifié des circuits transnationaux ayant facilité l’arrivée de personnel étranger au profit des FSR. Ils ont également établi des motifs raisonnables de croire que l’armée soudanaise avait utilisé des drones fournis depuis l’étranger lors d’opérations ayant causé des dommages à des civils et à des infrastructures civiles.
Cette internationalisation transforme progressivement la nature du conflit. L’accès à des équipements militaires sophistiqués, notamment aux drones, accroît la capacité des deux camps à frapper des territoires éloignés des lignes de front.
L’appel de Khartoum à mettre fin aux ingérences étrangères rejoint ainsi une préoccupation des enquêteurs onusiens, même si leurs conclusions concernent les réseaux soutenant les différentes parties au conflit et ne se limitent pas aux appuis reçus par les FSR.
Washington et Khartoum s’opposent sur les conditions de la paix
Le différend autour du visa d’Abdel Fattah al-Burhan illustre les difficultés de la médiation internationale. Selon des informations rapportées par Reuters, Washington aurait lié sa délivrance à l’acceptation d’une proposition américaine de cessez-le-feu de 90 jours, à laquelle les autorités soudanaises ont opposé des réserves.
Khartoum considère cette situation comme une atteinte à ses droits de représentation auprès des Nations unies et demande que l’incident soit examiné au regard des obligations des États-Unis en tant que pays hôte de l’organisation.
Mais le désaccord dépasse la procédure diplomatique. Les autorités soudanaises défendent une sortie de crise reposant sur le désarmement des FSR et le maintien des armes sous le contrôle exclusif des institutions étatiques. Elles rejettent également toute solution politique qu’elles estimeraient imposée de l’extérieur.
Cette position se heurte aux efforts internationaux visant à obtenir rapidement une cessation des hostilités. Elle soulève aussi la question de la place que pourraient occuper les différentes forces politiques et militaires dans une éventuelle transition.
L’arrêt des soutiens étrangers apparaît dès lors comme un enjeu majeur, sans constituer à lui seul une solution aux rivalités internes qui ont déclenché la guerre.
Les civils, premières victimes d’un conflit prolongé
Derrière ces affrontements militaires et diplomatiques, la population soudanaise continue de supporter l’essentiel des conséquences. Plus de 14 millions de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit, selon les données rappelées par les enquêteurs internationaux en septembre.
La Mission d’établissement des faits a également documenté de graves violations du droit international humanitaire, notamment des attaques contre des habitations, des marchés, des établissements sanitaires et d’autres infrastructures civiles. Elle appelle à agir non seulement contre les auteurs directs de ces violences, mais également contre les réseaux qui leur permettent de poursuivre leurs opérations.
Cette dimension rappelle les limites d’une lecture exclusivement géopolitique de la crise. La fin des ingérences étrangères ne saurait dispenser les parties soudanaises de leurs propres responsabilités concernant la protection des populations, l’accès humanitaire et le respect du droit international.
Pour les médiateurs, le défi consiste donc à agir simultanément sur plusieurs leviers : réduire les approvisionnements militaires, obtenir une cessation effective des combats et créer les conditions d’un processus politique suffisamment inclusif pour éviter une reprise des hostilités.
Le Soudan réclame aujourd’hui la fin des influences extérieures qui alimentent sa guerre, mais la paix dépendra également de la capacité des acteurs soudanais à dépasser leur confrontation. Tant que les armes continueront d’arriver et que les conditions d’un règlement resteront contestées, la population demeurera prise entre une guerre intérieure et les intérêts qui contribuent à la prolonger.
La Rédaction
Sources : Nations unies, intervention du ministre soudanais devant la 81e Assemblée générale, 28 septembre 2026 ; Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan, rapport du 3 septembre 2026 ; Reuters, 22 septembre 2026 ; Associated Press, 29 septembre 2026.

