Le 30 septembre rend hommage aux traducteurs, interprètes et terminologues qui permettent aux langues de franchir les frontières. À l’heure de l’intelligence artificielle, leur métier évolue rapidement, mais une exigence demeure : transmettre un sens, et pas seulement des mots.
Un traité de paix, un diagnostic médical, une œuvre littéraire ou une décision de justice peuvent perdre une partie de leur sens lorsqu’ils franchissent une frontière linguistique. Entre deux langues, traduire consiste précisément à empêcher cette rupture.
Chaque 30 septembre, la Journée internationale de la traduction met en lumière les professionnels qui rendent possible cette circulation des idées et des connaissances. L’Assemblée générale des Nations unies l’a officiellement instituée en 2017, reconnaissant le rôle de la traduction professionnelle dans le rapprochement entre les nations, le dialogue, la compréhension, le développement ainsi que la paix et la sécurité internationales.
La date correspond à la commémoration de saint Jérôme, mort le 30 septembre 420 et connu notamment pour son travail de traduction de la Bible en latin.
Traduire, c’est aussi donner accès à un droit
La traduction est souvent associée aux livres, aux conférences internationales ou à la diplomatie. Son champ est pourtant beaucoup plus vaste.
Une personne qui ne comprend pas la langue utilisée dans un hôpital, un tribunal ou une administration peut se retrouver en difficulté pour exercer un droit pourtant reconnu. Traduction et interprétation deviennent alors des instruments d’accès à la santé, la justice, l’éducation, l’information et aux services publics.
C’est cette dimension que met particulièrement en avant la Fédération internationale des traducteurs en 2026 avec « Diversité des langues et droits linguistiques : le pouvoir de se faire comprendre ». L’organisation insiste sur le rôle de la traduction, de l’interprétation et de la terminologie dans l’inclusion des populations et la préservation de la diversité linguistique.
Dans les relations internationales, cette précision est tout aussi déterminante. Un mot mal interprété dans un accord, une négociation ou une déclaration officielle peut modifier profondément la compréhension d’un message.
Au Togo : traduire dans un environnement profondément multilingue
Au Togo, la question prend une dimension particulière dans un pays où le français, langue officielle, coexiste avec de nombreuses langues nationales et communautaires.
L’éwé et le kabiyè disposent du statut de langues nationales. Mais la réalité linguistique du territoire est beaucoup plus riche, du mina au tem, en passant par le moba et de nombreuses autres langues utilisées quotidiennement par les populations.
Dans ce contexte, traduire ou interpréter permet aussi de rapprocher l’information de ceux auxquels elle est destinée. Les campagnes sanitaires, les messages de prévention, les programmes d’éducation, les actions communautaires ou certaines communications publiques gagnent en efficacité lorsqu’ils peuvent être relayés dans les langues comprises localement.
La traduction possède également une dimension culturelle. Faire passer des récits, des œuvres, des traditions orales ou des connaissances d’une langue togolaise vers le français, l’anglais ou une autre langue permet de leur donner une audience nouvelle. Inversement, traduire des savoirs extérieurs dans les langues utilisées par les communautés contribue à les rendre plus accessibles.
En Afrique : préserver la diversité sans enfermer les langues
Le continent africain compte une extraordinaire diversité linguistique. Cette richesse constitue un patrimoine culturel majeur, mais pose également un défi dans l’éducation, l’administration, la santé, la justice et les échanges entre populations.
Certaines langues disposent de millions de locuteurs et d’une importante production écrite ou numérique. D’autres restent beaucoup moins documentées et disposent de peu de ressources terminologiques ou technologiques.
La traduction peut contribuer à réduire cette distance. Elle permet aux langues africaines de circuler davantage dans l’espace public, mais également aux connaissances scientifiques, médicales, juridiques ou techniques d’atteindre des populations qui ne les recevraient pas nécessairement dans leur langue première.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer langues internationales et langues africaines. Il consiste plutôt à construire des passerelles permettant aux connaissances de circuler dans plusieurs directions.
L’intelligence artificielle change le métier, sans supprimer l’exigence humaine
Jamais traduire automatiquement n’a été aussi facile. En quelques secondes, des outils numériques et des systèmes d’intelligence artificielle peuvent aujourd’hui convertir des pages entières d’une langue vers une autre.
Ces technologies facilitent considérablement la communication courante. Mais leur efficacité varie selon les langues et selon la quantité de données disponibles pour les entraîner. Les langues disposant de peu de ressources numériques risquent ainsi d’être moins bien prises en charge.
Surtout, traduire ne consiste pas toujours à rechercher l’équivalent lexical d’une phrase. Contexte, intention, références culturelles, ambiguïtés, humour et terminologie spécialisée peuvent déterminer le véritable sens d’un texte.
Dans les domaines sensibles, une approximation peut avoir des conséquences importantes. La compétence humaine conserve donc une fonction essentielle de vérification, d’interprétation et de responsabilité, même lorsque les professionnels travaillent désormais avec des outils automatisés.
Faire circuler les mots sans perdre leur sens
La Journée internationale de la traduction rappelle finalement qu’une langue peut constituer à la fois une identité et une frontière. Le travail du traducteur consiste à franchir cette frontière sans effacer ce qui rend chaque langue particulière.
Dans un monde où les échanges sont instantanés et où l’intelligence artificielle multiplie les possibilités de traduction, la question centrale n’est plus seulement de savoir si un texte peut être traduit, mais s’il peut l’être fidèlement, équitablement et dans suffisamment de langues pour que personne ne reste à l’écart.
Car comprendre les mots de l’autre est souvent la première condition pour pouvoir dialoguer avec lui.
La Rédaction

