Dix jours, neuf étapes et une même question à travers le pays : qui intervient, et à quel moment, lorsqu’une communauté doit désigner son chef ? Achevée samedi à Adéticopé, la tournée nationale consacrée aux conflits successoraux met en lumière une réalité plus profonde de la chefferie togolaise. La transmission d’une autorité héritée des coutumes doit aujourd’hui s’inscrire dans un cadre juridique où interviennent également conseils coutumiers, préfets, maires et État. Clarifier leurs responsabilités devient dès lors un enjeu de paix locale.
Partie de Dapaong le 16 septembre, la tournée a successivement traversé Mango, Kara, Bassar, Sokodé, Atakpamé, Kpalimé et Tsévié avant sa dernière étape dans le Grand Lomé. Autorités administratives, élus locaux et chefs traditionnels y ont travaillé sur les procédures de désignation et de reconnaissance des autorités coutumières.
Le sujet pourrait paraître essentiellement administratif. Il touche pourtant à l’un des mécanismes les plus sensibles de la vie communautaire : la légitimité de celui qui exerce l’autorité traditionnelle.
Quand la coutume rencontre la procédure
Le droit togolais tente précisément d’organiser cette rencontre. La loi du 8 janvier 2007 relative à la chefferie traditionnelle reconnaît deux voies de désignation : la succession héréditaire et la consultation populaire. Elle précise également que la désignation et l’intronisation doivent respecter les usages et coutumes propres à chaque localité.
Mais la procédure ne s’arrête pas au choix effectué dans la communauté.
Un chef de canton doit être reconnu par décret en Conseil des ministres, sur rapport du ministre chargé de l’Administration territoriale. Pour un chef de village, la reconnaissance relève d’un arrêté ministériel sur rapport du préfet, tandis que celle d’un chef de quartier relève du maire. La coutume désigne donc selon les modalités prévues par la loi ; l’autorité publique donne ensuite à cette désignation sa reconnaissance juridique.
C’est dans cette succession d’interventions que la compréhension du rôle de chacun devient déterminante. À Adéticopé, Togbui Djidjolé Detu X, chef du canton d’Aflao Gakli, a d’ailleurs insisté sur la nécessité pour préfets, maires et autorités traditionnelles de mieux situer leurs responsabilités respectives.
Éviter que la succession divise la communauté
La question dépasse la conformité des dossiers. Une chefferie disputée peut opposer familles, lignages ou groupes de soutien et transformer une succession en conflit durable au sein d’une localité.
La loi prévoit elle-même certains mécanismes destinés à résoudre les désaccords. Lors d’une succession héréditaire, le choix revient au conseil coutumier. Si ses membres ne parviennent pas à s’entendre entre plusieurs candidats remplissant les conditions requises, le texte prévoit un tirage au sort en présence d’un représentant de l’administration territoriale.
La multiplication récente des reconnaissances officielles montre également que la question reste très présente dans l’action publique. En février, mai et juin 2026, plusieurs séries de chefs de canton ont ainsi été reconnues par décret après désignation coutumière ou consultation populaire.
Ces actes rappellent une distinction essentielle : être choisi au sein d’une communauté et être juridiquement reconnu comme chef constituent deux étapes liées, mais différentes.
Après la tournée, l’épreuve des prochaines successions
C’est désormais là que se mesurera l’utilité des dix jours de rencontres. L’enjeu n’était pas simplement de relire des textes déjà existants, mais d’éviter que préfets, maires, conseils coutumiers et prétendants donnent des interprétations différentes d’une même procédure lorsque surviendra une succession.
La chefferie traditionnelle occupe en effet une position particulière. Gardienne des usages locaux, elle intervient aussi dans la médiation et constitue un relais de proximité au sein des communautés. Le gouvernement lui-même présente cette institution comme un maillon de la gouvernance locale et de la cohésion sociale.
La tournée terminée, le véritable test commence donc sur le terrain. Il faudra voir si une meilleure connaissance des procédures permet effectivement de réduire les contestations lors des prochaines désignations. Car dans la chefferie togolaise contemporaine, préserver la coutume suppose aussi de savoir précisément où commence et où s’arrête la responsabilité de chacun.
La Rédaction
Sources : ministère de l’Administration territoriale ; Journal officiel de la République togolaise ; République Togolaise.

