France – Un lion au détour d’un sentier ou un alligator à proximité des arbres : depuis quelques mois, certains randonneurs de la Montagne de Reims peuvent tomber sur une signalisation plutôt déconcertante. Aucun de ces prédateurs ne rôde pourtant dans les forêts de la Marne. Le Parc naturel régional utilise volontairement leurs silhouettes pour attirer l’attention des promeneurs et mieux protéger les animaux qui, eux, vivent réellement sur place.
Des panneaux tout droit venus d’Australie
Depuis juin, le Parc naturel régional de la Montagne de Reims expérimente une nouvelle manière de sensibiliser ses visiteurs. Une soixantaine de panneaux ont été déployés dans plusieurs secteurs, notamment les trois forêts domaniales, la forêt de Rilly-la-Montagne, la Maison du Parc à Pourcy et certaines zones Natura 2000.
Parmi eux, une dizaine représentent un lion et six affichent la silhouette d’un alligator. Leur forme en losange jaune rappelle volontairement les panneaux australiens signalant la présence d’animaux sauvages.
De quoi provoquer quelques secondes d’interrogation chez un promeneur peu préparé à rencontrer un félin africain ou un reptile dans une forêt champenoise. C’est précisément l’effet recherché.
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Le lion n’est qu’un appât visuel
Derrière cette signalisation insolite se cache une technique issue des sciences comportementales : le « nudge ». Plutôt que d’imposer une nouvelle interdiction, le principe consiste à attirer l’attention afin d’inciter une personne à adopter spontanément un comportement plus approprié.
Une fois intrigué par le lion ou l’alligator, le randonneur découvre ainsi un second message beaucoup plus sérieux. Le Parc lui demande notamment de rester sur les sentiers, de préserver le silence en forêt et de ne pas abandonner ses déchets. L’objectif est de limiter les perturbations provoquées par l’augmentation de la fréquentation liée à la randonnée, au VTT, au trail et aux autres activités de pleine nature.
Le contraste est donc volontaire : utiliser des animaux totalement étrangers à la région pour mieux faire remarquer les recommandations destinées à protéger la faune locale.
Les restes de pique-nique également visés
Les lions et les alligators ne constituent qu’une partie du dispositif. Une trentaine d’autres panneaux ont été installés dans les aires de pique-nique. Ils rappellent notamment que les déchets et restes alimentaires abandonnés dans la nature peuvent avoir des conséquences sur des espèces comme les hérissons ou les lapins.
Le Parc cherche ainsi à rompre avec les panneaux classiques d’interdiction, que les visiteurs finissent parfois par ne plus regarder. Ici, la surprise doit provoquer un arrêt, puis une lecture.
L’expérience semble produire l’effet recherché. Environ 200 visiteurs ont été interrogés durant l’été pour évaluer cette nouvelle signalétique. Selon le Parc, les panneaux inhabituels donnent davantage envie de s’arrêter et de prendre connaissance des consignes.
Il n’y a donc toujours aucun risque de croiser un lion ou un alligator en randonnée dans la Montagne de Reims. En revanche, si leur apparition sur un panneau permet aux véritables habitants de la forêt d’être un peu moins dérangés, ces prédateurs imaginaires auront parfaitement rempli leur mission.
La Rédaction

