Dans une province où groupes armés et tensions communautaires continuent d’alimenter l’insécurité, une rumeur peut avoir des conséquences bien réelles. À Bunia, la MONUSCO appelle les journalistes à renforcer la vérification des faits. Derrière cette démarche apparaît un enjeu plus large : en Ituri, l’information est devenue elle-même un terrain de prévention des violences.
En Ituri, une fausse information ne reste pas nécessairement confinée aux réseaux sociaux ou aux conversations. Lorsqu’elle touche une communauté, un groupe armé ou une opération sécuritaire, elle peut accentuer la méfiance, provoquer des réactions collectives et compliquer les efforts de protection des civils.
C’est dans ce contexte que la MONUSCO a réuni à Bunia une quinzaine de professionnels des médias. La Mission leur demande davantage de prudence face aux contenus non vérifiés, considérant désormais la désinformation et la mésinformation comme des facteurs susceptibles d’aggraver des tensions déjà fortes.
Quand la rumeur produit des effets sur le terrain
Le phénomène n’est pas théorique. À Mambasa, la MONUSCO rapportait en juin que de fausses informations l’accusant notamment de fournir des machettes aux ADF avaient circulé au sein de la population. Selon des représentants locaux de la jeunesse, ces rumeurs avaient contribué à des mouvements de défiance et à des blocages visant les déplacements de la Mission.
Dans un environnement pacifié, une information mensongère peut principalement détériorer le débat public. Dans une zone de conflit, elle peut aussi désigner un ennemi, nourrir une hostilité communautaire ou susciter une réaction susceptible de mettre des personnes en danger.
La lutte contre ces phénomènes est d’ailleurs intégrée aux actions de protection des civils de la MONUSCO, aux côtés des mécanismes d’alerte précoce, du dialogue communautaire et des opérations de terrain.
Le journaliste devient aussi un acteur de prévention
Cette situation donne une responsabilité particulière aux médias locaux. Dans certaines zones, la radio demeure l’un des principaux moyens d’information et les journalistes constituent souvent l’intermédiaire entre autorités, communautés, organisations humanitaires et populations.
À Bunia, les professionnels présents ont ainsi insisté sur la nécessité de remonter à la source avant de diffuser une information. L’objectif dépasse la seule déontologie journalistique : éviter qu’une affirmation non vérifiée ne vienne alimenter un climat déjà marqué par la peur et les violences.
Cette responsabilité devient d’autant plus importante que les réseaux sociaux accélèrent la circulation de contenus difficiles à vérifier. Une rumeur peut désormais atteindre rapidement plusieurs communautés avant qu’une autorité ou un média soit en mesure de la démentir.
Le fact-checking ne remplace pas la sécurité
Faire de l’information un outil de prévention comporte cependant une limite essentielle. La désinformation peut amplifier une crise, mais elle n’est pas à l’origine de toutes les violences en Ituri. La province reste confrontée à des groupes armés, à des conflits locaux et à des déplacements de populations qui nécessitent des réponses politiques, sécuritaires et humanitaires.
La MONUSCO continue parallèlement ses patrouilles, le déploiement de bases opérationnelles mobiles et la sécurisation de certains axes en coordination avec les forces congolaises. La vérification des faits constitue donc un complément à ces dispositifs, et non leur substitut.
L’enjeu est néanmoins devenu suffisamment important pour modifier la conception même de la protection des civils. En Ituri, empêcher une violence peut parfois commencer avant le premier coup de feu : au moment où une information est vérifiée, corrigée ou empêchée de devenir une rumeur dangereuse.
La Rédaction
Sources : MONUSCO ; Nations unies.

