La plaine de Mô dispose de terres fertiles et d’une production agricole diversifiée. Mais comme dans une grande partie de l’agriculture togolaise, une contrainte continue de dicter une partie du calendrier des producteurs : l’eau. La deuxième phase du Projet de développement rural intégré de la plaine de Mô veut précisément agir sur cette dépendance et permettre de produire au-delà des seules périodes favorables.
Annoncé à 42 milliards de FCFA, le PDRI-Mô II doit prochainement entrer dans une nouvelle séquence de mise en œuvre. Son financement associe la Banque islamique de développement (BID), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’État togolais. L’ambition affichée est de prolonger les transformations engagées lors de la première phase, mais en plaçant davantage la maîtrise de l’eau au centre du modèle agricole.
Ce choix marque une évolution importante. Après avoir travaillé sur le désenclavement, les infrastructures communautaires, la diversification des productions, l’accès au financement ou encore l’organisation des producteurs, il s’agit désormais de rendre les terres aménagées plus productives sur une période plus longue.
Faire de l’eau un outil de production
Les travaux préparatoires donnent une mesure plus concrète de cette ambition. Le PDRI-Mô II prévoit notamment des études, des aménagements et la supervision d’infrastructures hydroagricoles portant sur 800 hectares. La maîtrise de l’eau doit particulièrement concerner les Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP).
L’enjeu dépasse l’irrigation elle-même. Lorsqu’un producteur dépend essentiellement des pluies, son calendrier, ses rendements et une partie de ses revenus restent exposés aux irrégularités climatiques. Une disponibilité mieux maîtrisée de l’eau permet au contraire d’allonger les cycles de production, de diversifier les cultures et d’envisager plusieurs campagnes sur certaines parcelles.
Des études techniques conduites dans la plaine avaient déjà identifié cette question comme déterminante. Elles portaient notamment sur les possibilités d’irrigation des ZAAP de Kagnan, Leguede et Ipouali et sur la recherche de solutions permettant de sécuriser davantage l’activité agricole face aux variations pluviométriques.
Après le désenclavement, la question de la productivité
La première phase avait abordé le développement de la plaine de Mô de manière beaucoup plus large que la seule agriculture. Pistes rurales, santé, éducation, élevage, alphabétisation et infrastructures communautaires avaient accompagné les interventions directement productives. Le ministère de l’Agriculture attribue également au projet la création de 695 emplois directs et de plus de 2 500 emplois indirects.
Cette logique répondait à une caractéristique ancienne de la plaine : son potentiel agricole a longtemps été contrarié par son enclavement. Le développement des pistes a rapproché certains bassins de production des marchés. La deuxième phase déplace progressivement le problème : une fois la terre davantage accessible, comment lui permettre de produire plus régulièrement ?
La question est importante dans un bassin où se côtoient igname, maïs, manioc, soja, arachide, riz, sorgho, haricot, vouandzou ou encore sésame. Produire sur une période plus longue peut également favoriser les activités situées après le champ : stockage, transformation et commercialisation. Le PNUD a d’ailleurs lancé en 2025 des études pour un Centre de transformation agricole et des entrepôts dans le cadre du PDRI-Mô II.
Transformer une plaine agricole en bassin de production permanent
C’est finalement là que les 42 milliards de FCFA annoncés devront produire leur principal effet. La première transformation de la plaine a consisté à mieux relier les villages, les producteurs et les marchés. La suivante cherche à réduire une autre forme de dépendance, celle du calendrier agricole aux précipitations.
Le défi ne sera donc pas seulement de construire des ouvrages hydrauliques, mais de vérifier qu’ils permettent effectivement aux exploitations d’augmenter et de régulariser leur production, tout en assurant leur entretien dans la durée.
Pour la plaine de Mô, le passage décisif serait alors celui d’un territoire disposant d’un fort potentiel agricole à un bassin capable de produire plus régulièrement tout au long de l’année. La maîtrise de l’eau devient, dans cette perspective, moins un équipement supplémentaire qu’une nouvelle infrastructure économique.
La Rédaction

