Entre connaître le principe d’un circuit électronique et parvenir à en construire un, comprendre le fonctionnement d’un objet connecté et savoir en concevoir un, il existe un espace que l’école traditionnelle occupe encore peu : celui de la fabrication. Le Togo tente désormais de l’introduire dans son enseignement scientifique. Pour y parvenir, il ne mise pas seulement sur des laboratoires et des machines, mais sur 101 enseignants auxquels est confiée une fonction nouvelle : aider les élèves à transformer les connaissances en réalisations.
Leur appellation officielle est « Fabmanagers ». Mais derrière cet anglicisme se dessine un métier pédagogique assez particulier. Ces enseignants devront animer les FabLabs éducatifs et les Centres régionaux d’innovation technologique (CRIT), accompagner les projets des élèves, maîtriser les équipements de fabrication numérique et faire le lien entre apprentissage scientifique, expérimentation et conception.
La première promotion vient d’achever quatre semaines de formation spécialisée à Lomé. Elle n’est pourtant pas encore au terme de sa préparation : du 28 septembre au 31 octobre, les 101 enseignants effectueront un stage pratique dans des FabLabs de référence, avant leur déploiement progressif.
Ce calendrier déplace déjà l’intérêt au-delà de la cérémonie organisée le 18 septembre. La véritable question commence maintenant : que peut changer l’arrivée de ce nouveau profil dans la manière d’enseigner les sciences ?
Des machines ne font pas, à elles seules, un laboratoire
C’est l’un des écueils classiques de la modernisation éducative. Installer des ordinateurs, des imprimantes 3D, du matériel électronique ou des équipements de robotique est relativement visible. Les intégrer durablement à une pédagogie l’est beaucoup moins.
Le choix de former spécifiquement des enseignants pour les animer reconnaît implicitement cette difficulté. Un FabLab inutilisé ou réduit à quelques démonstrations reste une salle équipée. Il devient un outil pédagogique lorsque des élèves peuvent y expérimenter régulièrement, échouer, corriger, recommencer et finalement matérialiser une idée.
La formation des 101 enseignants a donc porté sur des domaines qui dépassent la simple gestion d’un local : robotique, intelligence artificielle, objets connectés, électronique, modélisation 3D et design thinking. Vingt-cinq projets réalisés pendant cette première phase ont servi à éprouver directement ces apprentissages.
Leur fonction sera également d’accompagner les élèves dans une pédagogie par projet. Le ministère leur assigne même un rôle d’interface entre les établissements scolaires, les entreprises, les communautés technologiques et les centres de recherche.
Une nouvelle pièce dans l’architecture scientifique
Ces enseignants n’arrivent pas dans un dispositif isolé. Le Togo a créé 16 collèges scientifiquesrépartis dans ses sept directions régionales de l’éducation, parallèlement au développement des lycées scientifiques et des CRIT.
Les 101 futurs responsables de FabLabs doivent ainsi être déployés dans 7 CRIT, 7 lycées scientifiques et 16 collèges scientifiques, soit 30 structures réparties sur le territoire.
Cette géographie donne au projet une dimension supplémentaire. L’enjeu n’est plus seulement d’initier quelques élèves de Lomé à la robotique ou à la fabrication numérique, mais de créer plusieurs points d’accès à l’expérimentation scientifique dans le pays.
Elle introduit surtout une évolution dans la fonction même de l’enseignant. Dans ces espaces, celui-ci ne possède plus nécessairement la réponse à un exercice dont le résultat est connu d’avance. Il doit aussi accompagner une démarche : identifier un problème, imaginer une solution, choisir des outils, fabriquer, tester puis améliorer.
Le prototype comme nouvelle étape de l’apprentissage
C’est probablement là que se trouve le pari le plus intéressant. L’enseignement scientifique togolais ne cherche plus seulement à transmettre davantage de connaissances technologiques. Il tente d’ajouter la capacité de faire à la capacité de comprendre.
La réussite ne pourra cependant pas se mesurer au nombre de FabLabs ouverts ni aux seules machines installées. Elle dépendra de leur fréquentation réelle, du temps laissé aux projets, de la maintenance des équipements, de l’accompagnement des enseignants et surtout de ce que les élèves seront effectivement capables d’y produire.
Les 101 enseignants constituent donc moins l’aboutissement du dispositif que son premier test humain. Car entre une école équipée pour l’innovation et une école où les élèves innovent réellement, il reste toujours quelqu’un pour rendre le passage possible. C’est précisément la place que ces nouveaux accompagnateurs scientifiques devront désormais occuper.
La Rédaction

