Le Népal dépend largement de ses montagnes pour attirer les visiteurs et faire vivre des milliers de familles. Mais la fonte accélérée des glaciers transforme désormais cette richesse en territoire de risques.
Au Népal, l’Himalaya n’est pas seulement un décor spectaculaire. La montagne fournit de l’eau, structure les territoires, façonne les identités et soutient une économie touristique devenue essentielle. Plus d’un million de visiteurs ont ainsi été accueillis dans le pays en 2025, selon France Culture.
Cette dépendance se heurte pourtant à une réalité de plus en plus brutale. Les glaciers reculent, les lacs d’altitude deviennent instables et les phénomènes extrêmes menacent des vallées longtemps considérées comme relativement protégées. Les habitants doivent désormais adapter leurs cultures, leurs déplacements et parfois décider s’ils peuvent encore rester dans leurs villages.
Une catastrophe inscrite dans une crise plus vaste
L’effondrement glaciaire survenu fin août près de la frontière entre le Népal et le Tibet a provoqué des glissements de terrain et des crues soudaines. Selon Reuters, au moins 1 300 personnes ont été déclarées mortes et plus de 5 300 autres restaient portées disparues à la mi-septembre.
Un événement particulier ne peut être attribué automatiquement au changement climatique sans étude scientifique précise. Il intervient néanmoins dans un environnement dont la transformation ne fait plus de doute. Le réchauffement accélère la fonte des glaciers, fragilise le pergélisol et favorise la formation de lacs retenus par des amas de roches et de glace parfois instables.
Cette évolution rend les dangers plus difficiles à anticiper. Sur les quelque 40 000 glaciers recensés dans l’ensemble Hindu Kush-Himalaya, seuls 21 feraient actuellement l’objet d’une surveillance directe au sol. Ce déficit de données complique la détection des ruptures, des mouvements de terrain et des changements rapides susceptibles de menacer les populations situées en aval.
Le château d’eau de l’Asie sous pression
Long de quelque 3 500 kilomètres, l’ensemble Hindu Kush-Himalaya s’étend de l’Afghanistan au Myanmar. Ses neiges et ses glaciers alimentent douze grands systèmes fluviaux, parmi lesquels le Gange, l’Indus, le Brahmapoutre, le Mékong et le Yangtsé. Près de deux milliards de personnes dépendent directement ou indirectement de cette eau.
Le rapport HI-WISE de l’ICIMOD estime que la disparition des glaciers a été 65 % plus rapide durant les années 2010 que pendant la décennie précédente. Si les émissions mondiales suivent leur trajectoire actuelle, la région pourrait perdre jusqu’à 80 % de son volume glaciaire d’ici à 2100.
Le danger suit une mécanique paradoxale. Dans un premier temps, l’accélération de la fonte augmente les volumes d’eau et renforce les risques d’inondations, de ruptures de lacs glaciaires et de glissements de terrain. Autour du milieu du siècle, la région pourrait atteindre un « pic de l’eau ». Les débits commenceraient ensuite à diminuer, menaçant l’agriculture, l’approvisionnement des villes et la production hydroélectrique.
Des vies contraintes de se réinventer
Dans les villages de haute altitude, le dérèglement climatique se traduit déjà par des récoltes plus incertaines, des pénuries de fourrage, des pertes de bétail et des dégâts répétés sur les routes, les habitations ou les réseaux d’irrigation. La disparition progressive de certains glaciers affecte également des paysages sacrés et des pratiques culturelles anciennes.
La vulnérabilité ne dépend toutefois pas uniquement du climat. La construction d’infrastructures dans des zones exposées, l’urbanisation de certaines vallées et la concentration des activités autour de quelques itinéraires touristiques peuvent aggraver les conséquences d’un événement naturel. Pour les populations, l’adaptation consiste donc autant à modifier les activités économiques qu’à repenser l’occupation des territoires.
La migration devient parfois la dernière solution. Elle vide certains villages de leurs jeunes habitants, fragilise la transmission des savoirs locaux et laisse les personnes âgées face à des risques qu’elles disposent de peu de moyens pour affronter.
Le tourisme, ressource vitale et modèle fragile
De l’Everest aux Annapurnas, le tourisme d’altitude fait vivre des guides, des porteurs, des propriétaires de lodges, des transporteurs et de nombreuses petites entreprises. Il procure aussi à l’État des recettes indispensables. Renoncer à cette activité n’est donc ni simple ni réaliste.
Mais le recul de la glace modifie les itinéraires, déstabilise les pentes et rend certaines ascensions plus dangereuses. À cela s’ajoutent la pression sur l’eau, les déchets, la multiplication des infrastructures et une répartition parfois inégale des revenus. Le tourisme n’est pas la cause principale de la fonte des glaciers, largement provoquée par les émissions mondiales, mais il doit désormais intégrer une montagne plus instable.
La réponse passe par une meilleure surveillance des glaciers et des lacs, des systèmes d’alerte accessibles aux villages, une planification plus rigoureuse des constructions et une diversification des revenus locaux. Elle suppose également une coopération entre les pays traversés par les mêmes bassins fluviaux. Dans l’Himalaya, la fonte d’un glacier n’est jamais une crise isolée : elle peut bouleverser l’eau, l’alimentation, l’énergie et les déplacements de populations bien au-delà des sommets.
La Rédaction
Sources : France Culture, « Himalaya, quand le toit du monde s’effondre » ; ICIMOD, rapport HI-WISE ; Reuters, « Himalayas approaching tipping point »

