À travers le programme japonais Kennedy Round, le Togo reçoit une aide alimentaire qui ne se limite pas à l’arrivée de cargaisons de riz. Les ventes doivent également alimenter un fonds de contrepartie destiné à financer des projets de développement, notamment dans l’agriculture et les infrastructures rurales.
À première vue, l’équation peut sembler contradictoire. Le Togo cherche à renforcer sa production agricole et à réduire sa dépendance alimentaire, tout en continuant à recevoir du riz importé dans le cadre de sa coopération avec le Japon. Derrière ces cargaisons se trouve pourtant un mécanisme conçu pour aller au-delà de la consommation immédiate.
Un nouvel accord conclu entre Lomé et Tokyo pour l’exercice 2026 prévoit ainsi une enveloppe de 200 millions de yens, soit environ 800 millions de FCFA, destinée à l’acquisition de riz. Il s’inscrit dans le programme Kennedy Round, ou KR, dont le Togo bénéficie depuis 2008.
À l’occasion de la signature de l’échange de notes, l’ambassadeur du Japon, Junji Gomakudo, a voulu insister sur cette particularité. L’appui japonais, a-t-il expliqué, ne doit pas être considéré comme une simple fourniture de riz. La coopération comprend également des engrais, du matériel agricole et des équipements de génie civil destinés à accompagner le développement du pays.
Un sac de riz qui génère une seconde ressource
La particularité du Kennedy Round tient surtout à son modèle financier. Contrairement à une aide alimentaire directement distribuée aux ménages, le riz fourni dans ce cadre est commercialisé sur le marché togolais à des conditions encadrées. Les recettes obtenues sont ensuite versées dans un fonds de contrepartie.
L’aide produit ainsi deux effets successifs. Elle contribue d’abord à l’approvisionnement alimentaire du pays, puis transforme la vente des produits reçus en ressources susceptibles d’être réinvesties dans l’économie.
Au Togo, ces fonds ont notamment servi à financer des pistes rurales et des opérations de désenclavement. Ils ont également été mobilisés dans le développement des Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP), qui cherchent à concentrer sur des espaces aménagés les infrastructures et les moyens nécessaires à une production agricole plus importante.
C’est à ce niveau que le mécanisme prend une dimension particulière pour la filière rizicole. L’arrivée de riz étranger peut exercer une pression sur la production nationale si les conditions de commercialisation ne sont pas maîtrisées. Mais lorsque les ressources générées contribuent parallèlement à améliorer les capacités productives locales, l’aide peut devenir un instrument d’investissement.
De l’aide alimentaire à la capacité de produire
La relation entre le Togo et le Japon dans ce domaine s’inscrit désormais dans la durée. Depuis 2008, près de 22 milliards de FCFA d’aide sous forme de riz ou de blé auraient été accordés au pays dans le cadre du Kennedy Round. Les volumes ont varié selon les années : 2 963 tonnes en 2020, 2 275 tonnes en 2023, 3 638 tonnes en 2024 et 1 625 tonnes fin 2025, avant le nouvel accord conclu pour 2026.
Cette continuité permet aussi de déplacer progressivement la question. Après près de deux décennies de coopération, l’enjeu n’est plus uniquement de mesurer l’aide par le nombre de tonnes livrées ou par sa valeur financière. Il est également de savoir quelle capacité productive supplémentaire les investissements réalisés grâce au mécanisme auront permis de créer.
Pour le Togo, qui cherche à développer ses filières agricoles et à améliorer sa sécurité alimentaire, cette articulation est essentielle. L’aide extérieure peut amortir un besoin immédiat, mais elle devient plus structurante lorsqu’elle contribue à l’aménagement des terres, à l’accès aux intrants, au désenclavement des bassins agricoles et à l’amélioration des rendements.
Le nouveau financement japonais de 800 millions de FCFA pose donc une question plus large que celle des prochaines cargaisons. À terme, la réussite du mécanisme se mesurera aussi à sa capacité à faire du riz importé un levier permettant au Togo d’en produire davantage lui-même.
La Rédaction

