Le 6 mai 1995, Birgitte Tengs, 17 ans, est retrouvée morte près de son domicile à Karmøy, dans le sud-ouest de la Norvège. Victime de violences extrêmes et d’une agression sexuelle, l’adolescente laisse derrière elle une affaire qui va traverser près de trois décennies de procédures. Deux hommes différents seront successivement condamnés pour sa mort. Tous deux seront ensuite acquittés en appel. Entre aveux rétractés, contradiction entre justice pénale et civile et ADN finalement jugé insuffisant, le meurtre de Birgitte Tengs demeure sans auteur judiciairement établi.
Un cousin finit par avouer
L’enquête mobilise d’importants moyens sans parvenir rapidement à identifier le meurtrier. En février 1997, les policiers arrêtent finalement un cousin de Birgitte, alors âgé de 19 ans. Après de longs interrogatoires, il reconnaît les faits en mars avant de revenir sur ses déclarations. Il soutiendra que ses aveux étaient faux et avaient été obtenus sous la pression. Les méthodes employées lors de ces interrogatoires seront par la suite fortement critiquées.
En novembre 1997, le tribunal de Karmsund le reconnaît coupable et le condamne à 14 ans de prison. Mais lorsqu’il fait appel, la première certitude judiciaire construite autour de l’affaire s’effondre.
Acquitté du meurtre, mais tenu civilement responsable
Le 18 juin 1998, la cour d’appel de Gulating acquitte le cousin au pénal. Après 495 jours de détention provisoire, il n’est donc plus juridiquement reconnu coupable du meurtre. Pourtant, la procédure aboutit à une situation particulièrement déroutante : il reste civilement tenu pour responsable de la mort de Birgitte et doit indemniser ses parents.
La différence entre les niveaux de preuve exigés au pénal et au civil permet juridiquement une telle situation. Mais la manière dont cette responsabilité est formulée entretient le soupçon malgré l’acquittement. L’affaire arrive devant la Cour européenne des droits de l’homme qui, en 2003, condamne la Norvège pour atteinte à la présomption d’innocence. Il faudra attendre 2022 pour que la responsabilité civile du cousin soit finalement effacée.
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L’ADN conduit à un deuxième homme
Pendant ce temps, le meurtre reste irrésolu. À partir de 2016, une équipe spécialisée dans les affaires anciennes reprend les investigations. Les progrès de la génétique permettent de réexaminer certaines traces et une empreinte ADN retrouvée sur le collant de Birgitte oriente les enquêteurs vers Johny Vassbakk.
Il est arrêté en septembre 2021. Le nouveau dossier ne repose pas uniquement sur son profil personnel ou ses antécédents : la trace génétique constitue une pièce centrale de l’accusation. En février 2023, le tribunal de Haugaland et Sunnhordland le reconnaît coupable et le condamne à 17 ans de prison. Près de vingt-huit ans après le crime, la Norvège semble enfin tenir l’auteur du meurtre.
Une deuxième condamnation qui s’effondre
Vassbakk nie avoir tué Birgitte et fait appel. Le débat se déplace alors vers la valeur exacte de la preuve scientifique. La présence d’un ADN peut établir un contact, mais elle ne dit pas nécessairement quand ni dans quelles circonstances celui-ci s’est produit. Pour condamner, encore faut-il démontrer que cette trace est liée au meurtre et que les autres hypothèses raisonnables peuvent être écartées.
Le 5 décembre 2023, la cour d’appel de Gulating acquitte Johny Vassbakk. La majorité des juges considère que l’accusation n’a pas démontré sa culpabilité au-delà du doute raisonnable. Deux juges adoptent cependant une position différente, révélant à quel point l’interprétation des preuves demeure disputée.
Deux condamnations, deux acquittements
L’affaire Birgitte Tengs présente désormais une mécanique judiciaire saisissante. Le premier suspect avait livré des aveux avant de les rétracter. Condamné en première instance, il avait ensuite été acquitté, tout en restant pendant plus de vingt ans civilement associé au crime. Un deuxième homme a été identifié grâce aux progrès de l’ADN, condamné à son tour puis, lui aussi, acquitté en appel.
Ces acquittements ne permettent pas de déterminer ce qui s’est réellement passé le 6 mai 1995. Ils signifient simplement que, dans les deux procédures, les juridictions d’appel ont finalement considéré que les éléments réunis ne permettaient pas de maintenir une condamnation pénale.
Un meurtre revenu à son point de départ
C’est ce qui distingue cette affaire d’un simple cold case. La justice norvégienne n’a pas seulement échoué à identifier un suspect : elle a cru trouver le meurtrier à deux reprises. Une première fois grâce à des aveux. Une deuxième fois, vingt-cinq ans plus tard, grâce à une trace ADN. À chaque fois, une condamnation a été prononcée. À chaque fois, elle a finalement disparu en appel.
Près de trente ans d’enquête ont ainsi permis de mesurer les limites de deux formes de preuve souvent considérées comme particulièrement puissantes : la confession et la génétique. Ni l’une ni l’autre n’a suffi, dans ce dossier, à produire une culpabilité capable de résister à l’ensemble du processus judiciaire.
Aujourd’hui, aucun homme n’est définitivement condamné pour la mort de Birgitte Tengs. Après deux suspects, deux procès ayant abouti à des condamnations et deux acquittements, l’affaire est revenue à la question qui hantait déjà les enquêteurs en 1995 : qui a tué Birgitte Tengs ?
La Rédaction
Sources et références
- Store norske leksikon — chronologie de l’affaire Birgitte Tengs et des procédures judiciaires.
- Cour européenne des droits de l’homme — décision concernant la présomption d’innocence après l’acquittement du cousin.
- Cour suprême de Norvège — procédures relatives au volet civil de l’affaire.
- Gulating lagmannsrett — procédure ayant conduit à l’acquittement de Johny Vassbakk en décembre 2023.

