Entre Aného et Cachoeira, le rapprochement dépasse le protocole habituel d’un jumelage municipal. Les deux villes veulent transformer des liens historiques et culturels façonnés par les relations entre l’Afrique et le Brésil en coopération concrète. Derrière la mémoire se dessine ainsi une ambition plus contemporaine : créer des échanges, développer le tourisme et faire du patrimoine un levier de développement local.
La commune des Lacs 1 et la municipalité brésilienne de Cachoeira, dans l’État de Bahia, ont formalisé leur rapprochement par une convention de jumelage. L’accord a été signé par Kangni Agossou Kouévi, adjoint au maire de Lacs 1, et Eliana Gonzaga de Jésus, maire de Cachoeira. La municipalité togolaise inscrit cette relation dans une coopération décentralisée Sud-Sud.
Le rapprochement avait été préparé au Brésil au cours du mois d’août, dans le cadre d’un colloque international associant culture, diplomatie, économie créative, mémoire et développement. Les autorités brésiliennes présentent elles aussi le partenariat comme un moyen de renforcer les relations entre le Brésil et le continent africain, notamment à travers le Togo.
Deux villes reliées par l’histoire
Le choix des deux collectivités n’est pas anodin. Aného possède un patrimoine directement lié aux circulations humaines et culturelles qui ont marqué le golfe de Guinée et ses relations avec le monde atlantique. Cachoeira porte, de son côté, une forte empreinte africaine et afro-brésilienne dans le Recôncavo de Bahia.
Son ensemble architectural et paysager est protégé au Brésil depuis 1971. L’Institut du patrimoine historique et artistique national décrit la ville comme l’un des grands ensembles patrimoniaux du Recôncavo, dont l’histoire reste également marquée par l’économie coloniale et l’exploitation de personnes réduites en esclavage.
Le jumelage permet désormais d’envisager cette proximité autrement que sous le seul prisme mémoriel. Culture et patrimoine figurent parmi les domaines retenus, aux côtés du tourisme, de l’éducation, de la formation, de la jeunesse, de l’entrepreneuriat et de l’autonomisation des femmes.
À Aného, le projet d’une Maison du Brésil doit notamment donner un ancrage physique à cette relation et accueillir des activités favorisant les échanges entre les deux territoires.
Faire du patrimoine une ressource pour le présent
C’est désormais sur les réalisations que ce jumelage sera attendu. Car la coopération entre collectivités prend véritablement son sens lorsqu’elle dépasse les visites officielles pour déboucher sur des projets, des échanges de compétences, des mobilités ou des opportunités économiques.
Aného dispose précisément d’un patrimoine que la commune cherche davantage à intégrer à son développement touristique et économique. Elle a encore présenté en mars dernier ses quartiers historiques, sa lagune et son embouchure à des investisseurs internationaux, avec l’ambition de développer notamment les circuits culturels et l’écotourisme.
Le partenariat avec Cachoeira peut ajouter une dimension internationale à cette stratégie : celle des relations historiques entre l’Afrique et ses diasporas.
Entre Aného et Cachoeira, l’histoire fournit donc le lien, mais elle ne suffira pas à faire vivre le jumelage. Son véritable succès se mesurera à sa capacité à transformer une mémoire partagée en échanges, en projets et en valeur créée des deux côtés de l’Atlantique.
La Rédaction

