Brouiller un GPS, perturber un drone ou couper une liaison numérique peut désormais désorganiser une unité militaire presque aussi efficacement qu’une attaque conventionnelle. Pour les armées africaines, dont certaines accélèrent leur recours aux drones, aux communications satellitaires et aux systèmes numériques, cette évolution ouvre un nouveau front : celui de la maîtrise du spectre électromagnétique.
Les expérimentations menées par l’armée américaine en Europe et en Afrique donnent un aperçu de cette transformation. Plus de 2 300 parachutistes ont participé à des exercices intégrant intelligence artificielle, robotique et nouveaux systèmes de communication afin de continuer à opérer lorsque les signaux habituels deviennent indisponibles ou peu fiables.
Quand le brouillage devient une arme
Les enseignements des conflits récents ont changé la perception de la guerre électronique. GPS, transmissions radio, drones et systèmes de positionnement peuvent être détectés, perturbés ou neutralisés. Une armée très numérisée peut ainsi découvrir que sa sophistication technologique constitue aussi une vulnérabilité.
L’objectif des nouvelles expérimentations est donc moins d’ajouter des technologies que de maintenir une capacité opérationnelle lorsque certaines d’entre elles cessent de fonctionner. L’intelligence artificielle peut notamment aider à traiter rapidement des informations issues de plusieurs capteurs, tandis que des plateformes robotiques permettent d’éloigner les militaires de certaines missions de reconnaissance particulièrement exposées.
Un enjeu croissant pour les armées africaines
Cette évolution concerne directement le continent. Plusieurs forces africaines utilisent déjà des drones pour la surveillance, le renseignement ou les opérations contre des groupes armés. La multiplication de ces équipements entraîne mécaniquement une nouvelle nécessité : protéger les communications et disposer de solutions lorsque les liaisons sont perturbées.
La guerre électronique pourrait ainsi devenir un élément croissant des politiques africaines de défense. Posséder des drones ou des systèmes numériques ne suffit plus ; encore faut-il pouvoir les employer dans un environnement où l’adversaire cherche précisément à les rendre aveugles ou muets.
Pour les partenaires africains des États-Unis, les exercices conjoints prennent dès lors une dimension supplémentaire : apprendre à fonctionner dans un espace électromagnétique contesté et réduire la dépendance à quelques technologies critiques.
L’Afrique face à une nouvelle dépendance technologique
Cette transformation pose cependant une autre question. Si l’intelligence artificielle, les communications sécurisées, les systèmes autonomes et la guerre électronique deviennent déterminants, les pays qui ne maîtrisent ni leur conception ni leur maintenance risquent de dépendre davantage des puissances qui les fournissent.
Le défi africain sera donc autant militaire qu’industriel et technologique. Former des spécialistes, sécuriser les infrastructures numériques, développer des capacités locales et maîtriser les données deviennent progressivement des composantes de la souveraineté de défense.
Les futurs conflits africains ne se joueront évidemment pas uniquement derrière des écrans. Mais une réalité s’installe : contrôler le territoire nécessitera de plus en plus de savoir également communiquer, observer et décider lorsque l’espace numérique et électromagnétique devient lui-même un champ de bataille.
La Rédaction
Sources : U.S. Army Europe and Africa ; publications institutionnelles de l’armée américaine sur les expérimentations technologiques et la guerre électronique.

