Au Soudan du Sud, le manque de financements ne se traduit plus seulement par des programmes retardés ou réduits. Il oblige désormais les agences humanitaires à arbitrer entre des populations déjà extrêmement vulnérables. Plus de 650 000 réfugiés risquent de voir leur assistance diminuer alors que les arrivées depuis le Soudan se poursuivent et que même les bénéficiaires prioritaires ne reçoivent déjà qu’une demi-ration alimentaire.
Le système humanitaire sud-soudanais entre dans une phase où la pénurie de ressources devient elle-même un facteur de crise. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avertissent que l’aide destinée à plus de 650 000 réfugiés pourrait être fortement réduite faute de financements supplémentaires.
La question n’est plus seulement de savoir combien de personnes doivent être assistées, mais lesquelles peuvent encore l’être. Le PAM a déjà commencé à concentrer ses moyens sur les plus vulnérables. Pourtant, même ces bénéficiaires prioritaires ne perçoivent actuellement que la moitié d’une ration complète.
Quand l’aide humanitaire devient un exercice de sélection
Cette contraction intervient alors que la pression ne faiblit pas. Jusqu’à 3 000 réfugiés et rapatriés continuent d’arriver chaque semaine depuis le Soudan voisin, où les combats poussent toujours des familles vers la frontière sud-soudanaise.
Beaucoup atteignent les sites d’accueil sans ressources, parfois avec des enfants déjà touchés par la malnutrition. Réduire davantage les distributions signifie donc intervenir plus tard, avec moins de moyens, sur des situations sanitaires souvent plus graves.
Le sous-financement transforme ainsi progressivement la logique de l’aide : au lieu de couvrir les besoins essentiels d’une population identifiée, les agences doivent hiérarchiser l’urgence à l’intérieur même de l’urgence. Nourriture, nutrition infantile et soutien aux mères deviennent des postes soumis à arbitrage.
Une crise importée que Juba ne peut absorber seule
La guerre au Soudan agit comme un multiplicateur de vulnérabilités au Soudan du Sud. Elle alimente de nouveaux déplacements dans un pays qui dispose déjà de capacités institutionnelles et économiques limitées pour absorber des arrivées prolongées.
Le PAM estime avoir besoin de 37 millions de dollars pour répondre au déficit immédiat, puis de 258 millions de dollars afin de maintenir ses opérations jusqu’à la fin de 2026.
Ces besoins financiers révèlent surtout une fragilité plus profonde du modèle humanitaire : lorsque les contributions internationales diminuent alors que les déplacements augmentent, les agences ne disposent d’aucun mécanisme de compensation automatique. Elles réduisent alors les rations, suspendent certains dispositifs et concentrent leurs ressources sur les cas les plus critiques.
Au Soudan du Sud, l’aide humanitaire ne risque donc pas seulement de manquer d’argent. Elle risque de perdre sa capacité à jouer son rôle de filet de sécurité. À ce stade, le financement détermine directement non plus seulement l’ampleur de l’assistance, mais la part de la population qui peut encore en bénéficier.
La Rédaction
Source principale : Programme alimentaire mondial (PAM) ; Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

