Après près de neuf ans d’insurrection dans le nord du Mozambique, aucune victoire militaire rapide ne se profile à Cabo Delgado. À l’issue d’une mission menée du 4 au 14 août, le rapporteur spécial des Nations unies Ben Saul estime que la pression exercée sur les djihadistes n’empêche ni leur reconstitution ni la poursuite des attaques contre les civils. Son constat remet au centre une faiblesse persistante de la réponse mozambicaine : contenir l’insurrection ne suffit pas à la neutraliser.
L’intervention des forces mozambicaines, soutenues depuis 2021 par des troupes rwandaises, a permis de sécuriser certains centres stratégiques et de reprendre des territoires. Mais elle n’a pas supprimé la capacité opérationnelle de l’insurrection affiliée au groupe État islamique.
Ben Saul décrit désormais une posture relevant davantage d’une « défense offensive » que d’une poursuite systématique des combattants. Cette stratégie peut réduire temporairement l’intensité des combats, mais elle laisse aussi aux groupes armés des espaces dans lesquels ils peuvent se déplacer, recruter et reconstituer leurs ressources.
Une insurrection contenue, mais toujours mobile
Les données disponibles illustrent cette résilience. Selon ACLED, le conflit avait causé au moins 6 632 morts, dont 2 772 civils, depuis octobre 2017 à la mi-juin 2026. L’organisation relevait encore récemment des déplacements de combattants vers le sud de Cabo Delgado, y compris autour de zones minières, parfois sans réaction significative des forces déployées à proximité.
Pour le rapporteur spécial, le problème est d’autant plus préoccupant que les violences contre les civils se sont aggravées au cours de l’année écoulée. Exécutions, déplacements forcés, pertes de terres et de moyens de subsistance continuent d’entretenir une crise qui ne peut être réduite à un affrontement militaire.
La dimension humanitaire est devenue structurelle. Environ 1,5 million de personnes ont été déplacées au moins une fois depuis le début du conflit, tandis que 1,7 million avaient besoin d’une aide humanitaire en 2026, selon les chiffres cités par Ben Saul.
Le gaz sous la contrainte sécuritaire
Cette impasse pèse directement sur l’avenir économique de Cabo Delgado. La province concentre certaines des plus importantes réserves gazières d’Afrique et accueille des projets impliquant TotalEnergies, Eni et ExxonMobil. La sécurisation durable du territoire conditionne donc autant le retour des populations que la montée en puissance de plusieurs milliards de dollars d’investissements énergétiques.
L’enjeu dépasse toutefois la protection des installations. Une stratégie concentrée sur les zones économiques et les principaux centres urbains risque de laisser subsister une insurrection périphérique capable de se financer, de recruter et de frapper ponctuellement.
Le constat dressé par Ben Saul est ainsi moins celui d’un échec militaire que d’une limite stratégique : les forces déployées peuvent empêcher les djihadistes de reconquérir certains bastions sans pour autant supprimer les conditions permettant au mouvement de survivre. À Cabo Delgado, la sortie de crise dépendra donc autant de la sécurité que du retour de l’État, des services publics et de perspectives économiques pour les populations locales.
La Rédaction
Source : Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, conclusions de la mission du rapporteur spécial Ben Saul au Mozambique, 14 août 2026 ; ACLED, Mozambique Conflict Monitor.

