À quelques dizaines de kilomètres du centre de São Paulo, les Guarani Mbya vivent une situation singulière : leur territoire ancestral est désormais cerné par l’une des plus grandes métropoles du continent américain. Après des décennies de bataille pour faire reconnaître leurs terres, ils ont obtenu des avancées décisives. Mais immeubles, routes et infrastructures continuent de rapprocher la ville d’un espace où se joue bien davantage qu’une question foncière : la possibilité de transmettre une culture et un mode de vie aux générations suivantes.
À mesure que l’on s’éloigne du centre de São Paulo en direction du pic du Jaraguá, la ville semble ne jamais finir. Routes, entrepôts, immeubles et quartiers résidentiels occupent progressivement le paysage. Pourtant, au milieu de cette urbanisation continue subsistent plusieurs villages du peuple Guarani Mbya.
Le contraste raconte à lui seul une partie de leur histoire. La Terra Indígena Jaraguá compte aujourd’hui environ 574 habitants selon les dernières données démographiques disponibles. Elle s’étend sur un territoire déclaré de quelque 532 hectares, principalement situé dans la municipalité de São Paulo.
Deux hectares pour toute une communauté
Pendant des décennies, la situation fut beaucoup plus précaire. Le territoire officiellement homologué en 1987 ne représentait que 1,73 hectare, soit à peine l’équivalent de quelques terrains de football.
Cette superficie minuscule est devenue le symbole du combat des Guarani du Jaraguá. Pour eux, la terre ne se limite pas à l’espace nécessaire pour construire des maisons. Elle permet de cultiver, de préserver la forêt, de pratiquer les traditions, de transmettre la langue et d’organiser la vie collective.
Après une longue procédure, une extension à 532 hectares a été déclarée en 2015. Le dossier a ensuite traversé plusieurs épisodes administratifs et politiques avant une étape majeure : en mai 2025, les Guarani ont célébré la délimitation physique de leur territoire, après 37 années de revendications. Un accord a également été trouvé pour la gestion d’une partie de la zone qui se superpose au parc du Jaraguá.

Quand la ville arrive jusqu’aux villages
La reconnaissance territoriale n’a cependant pas fait disparaître la pression urbaine. Le Jaraguá reste inséré dans une métropole dont l’expansion immobilière et les infrastructures ont progressivement transformé son environnement.
Cette proximité a déjà provoqué des conflits. En 2020, le déboisement d’un terrain voisin destiné à un projet immobilier avait entraîné une importante mobilisation des Guarani. Des travaux universitaires consacrés au Jaraguá montrent comment l’urbanisation et le morcellement territorial ont progressivement resserré l’espace autour des villages et affecté les conditions nécessaires au mode de vie guarani.
La question dépasse donc la superficie inscrite sur une carte. La fragmentation de la forêt, la circulation automobile, la pollution et l’avancée des constructions modifient les relations que les habitants entretiennent avec leur environnement.
Une culture qui refuse de devenir un vestige
Le Jaraguá raconte aussi une réalité souvent oubliée : les peuples autochtones ne vivent pas uniquement dans les grandes étendues forestières éloignées des villes. Les Guarani Mbya de São Paulo évoluent au contact direct de la métropole sans pour autant renoncer à leur identité.
La langue, les chants, l’artisanat et les pratiques spirituelles continuent d’être transmis. Les nouvelles générations inventent également leurs propres formes d’expression. Des jeunes du Jaraguá utilisent notamment le rap comme moyen d’affirmer leur identité et de faire connaître leurs revendications territoriales.
Cette capacité d’adaptation ne signifie pourtant pas que le territoire soit devenu secondaire. Au contraire : préserver suffisamment d’espace demeure indispensable pour que cette culture puisse continuer à se transmettre autrement que comme un souvenir.
Le Jaraguá porte ainsi l’un des paradoxes les plus saisissants du Brésil contemporain. Dans une ville qui n’a cessé de repousser ses frontières, un peuple présent bien avant la naissance de la métropole doit encore défendre la possibilité de disposer d’un territoire où construire son avenir.
La Rédaction
Sources : Instituto Socioambiental ; Terras Indígenas no Brasil ; données de l’IBGE ; travaux universitaires consacrés à la Terra Indígena Jaraguá.

