Avec Cette aveuglante absence de lumière, Tahar Ben Jelloun raconte l’une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine du Maroc. Inspiré du témoignage d’un ancien détenu du bagne secret de Tazmamart, le roman explore la résistance de l’esprit face à l’isolement, à la souffrance et à la négation de toute dignité humaine.
Une grande voix de la littérature francophone
Tahar Ben Jelloun est né le 1er décembre 1944 à Fès, au Maroc. Écrivain, poète et essayiste, il est l’une des figures majeures de la littérature francophone contemporaine. Lauréat du prix Goncourt en 1987 pour La Nuit sacrée, il consacre une grande partie de son œuvre aux questions de l’identité, de l’exil, des droits humains et de la mémoire.
Publié en 2001, Cette aveuglante absence de lumière est inspiré du témoignage d’Aziz Binebine, survivant du bagne de Tazmamart, où des opposants présumés au régime marocain furent détenus durant les « années de plomb ».
Une prison où le temps disparaît
Le narrateur, Salim, fait partie des officiers arrêtés après le coup d’État manqué contre le roi Hassan II en 1971. Sans véritable procès, il est transféré dans une prison secrète enfouie dans le désert.
Dans sa cellule minuscule, privée presque totalement de lumière, d’air et de contact humain, il apprend à survivre dans un univers où les jours, les saisons et parfois même les visages finissent par s’effacer.
Le roman ne cherche pas à multiplier les scènes spectaculaires. Il montre plutôt comment l’enfermement détruit lentement le corps et l’esprit, jusqu’à remettre en cause la notion même de temps.

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Résister par la pensée
Face à cette violence, Salim découvre une autre forme de résistance.
La prière, la méditation, les souvenirs et l’imagination deviennent les seuls espaces de liberté qui échappent à ses geôliers. Alors que tout lui est retiré, il tente de préserver son identité intérieure.
Tahar Ben Jelloun montre que la véritable victoire du prisonnier consiste à rester humain. Même dans les conditions les plus extrêmes, la mémoire, la foi et la parole intérieure peuvent empêcher la déshumanisation totale.
Un roman sur la mémoire
Au-delà du destin individuel de Salim, Cette aveuglante absence de lumière participe à un travail de mémoire.
En donnant une voix aux victimes de Tazmamart, Tahar Ben Jelloun rappelle l’importance de raconter ce qui a longtemps été tu. Le roman ne se limite pas à dénoncer la répression politique ; il interroge aussi la capacité d’une société à reconnaître ses blessures et à transmettre cette histoire aux générations suivantes.
Cette dimension donne à l’œuvre une portée universelle. Elle parle du Maroc, mais aussi de tous les lieux où des hommes et des femmes ont été privés de leur liberté dans le silence.
Avec Cette aveuglante absence de lumière, Tahar Ben Jelloun signe un roman d’une grande intensité sur la dignité humaine face à l’oppression. Inspirée d’une histoire réelle, cette œuvre montre que l’enfermement peut briser les corps sans toujours parvenir à vaincre l’esprit.
À travers une écriture sobre et profondément méditative, l’auteur transforme un témoignage de souffrance en une réflexion universelle sur la liberté, la mémoire et la force intérieure.
La Rédaction
Références littéraires
- Cette aveuglante absence de lumière de Tahar Ben Jelloun — prison politique, mémoire et résistance intérieure
- Le Pain nu de Mohamed Choukri — misère, survie et société marocaine
- La Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun — identité, liberté et quête de soi

