La rencontre entre le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, et le directeur général de l’Unesco, Khaled El-Enany, dépasse le cadre d’une coopération institutionnelle classique. En articulant patrimoine, éducation, technologies et priorités africaines, l’Égypte cherche à renforcer son influence culturelle tout en positionnant l’organisation onusienne comme un partenaire de sa stratégie de développement.
Réunis récemment au Caire, Badr Abdelatty et Khaled El-Enany ont examiné les principaux axes de la relation entre l’Égypte et l’Unesco. Selon le ministère égyptien des Affaires étrangères, les échanges ont porté sur la protection du patrimoine, la modernisation des systèmes éducatifs, l’innovation technologique et le soutien aux objectifs de développement durable à l’horizon 2030.
Derrière cet agenda très large se dessine une ambition plus politique. L’Égypte entend capitaliser sur son poids historique et culturel pour accroître sa présence dans les débats internationaux sur l’éducation, les sciences et la sauvegarde du patrimoine.
Le patrimoine au service du rayonnement égyptien
Le Caire considère depuis longtemps ses sites archéologiques et ses infrastructures culturelles comme des instruments de rayonnement. La coopération avec l’Unesco doit notamment accompagner les efforts de conservation, de restauration et de valorisation d’un patrimoine qui occupe une place centrale dans l’économie touristique comme dans l’identité nationale.
Les deux responsables ont passé en revue plusieurs projets communs susceptibles de bénéficier de technologies nouvelles. La numérisation des archives, la documentation des sites et l’amélioration des dispositifs de protection figurent parmi les domaines où l’expertise internationale peut compléter les moyens nationaux.
Cette diplomatie patrimoniale permet aussi à l’Égypte de défendre une image de puissance culturelle dépassant le seul héritage pharaonique. Le pays cherche à mettre en avant les différentes strates de son histoire et sa contribution au dialogue entre les civilisations.
L’éducation et la technologie comme second pilier
La coopération ne se limite pas à la conservation des monuments. Badr Abdelatty a insisté sur l’éducation et la culture, présentées comme des fondements du développement durable. Les discussions ont ainsi abordé l’intégration des technologies dans l’enseignement, le renforcement des compétences nationales et la modernisation des systèmes éducatifs.
Pour l’Égypte, cette dimension répond à un double enjeu : adapter la formation aux transformations économiques et réduire les inégalités d’accès au savoir. L’appui de l’Unesco peut faciliter l’élaboration de politiques publiques, le partage d’expertise et la mise en réseau avec d’autres États membres.
Khaled El-Enany a, de son côté, réaffirmé la volonté de l’organisation d’approfondir les programmes conduits avec Le Caire. Premier Égyptien et premier Arabe à diriger l’agence, il incarne une visibilité nouvelle pour la région, sans que sa fonction ne supprime les exigences de neutralité et de représentation multilatérale attachées à l’Unesco.
Une coopération pensée à l’échelle africaine
Le ministre égyptien a également cherché à inscrire cette relation dans une perspective continentale. Il a plaidé pour une coordination accrue en faveur des priorités africaines, notamment la protection des biens culturels, la formation des professionnels et l’usage de l’innovation dans l’éducation.
Cette orientation correspond à la volonté du Caire de renforcer son rôle au sein des institutions africaines et internationales. En défendant des projets destinés à plusieurs pays du continent, l’Égypte ne se présente plus seulement comme bénéficiaire de l’expertise de l’Unesco, mais comme partenaire capable de porter des initiatives régionales.
La rencontre confirme ainsi l’élargissement d’une relation autrefois dominée par la sauvegarde archéologique. Patrimoine, formation, sciences et diplomatie culturelle forment désormais un même dispositif. Pour Le Caire, l’enjeu sera de traduire cette proximité politique en programmes mesurables, au-delà des déclarations de soutien au multilatéralisme et au dialogue des cultures.
La Rédaction
Source principale : communiqué du ministère égyptien des Affaires étrangères publié le 4 août 2026, à la suite de la rencontre entre Badr Abdelatty et Khaled El-Enany.

