Une série de tueries qui plonge la Belgique dans la peur
Entre 1982 et 1985, la Belgique est frappée par une succession d’attaques d’une violence inédite. Des supermarchés, des commerces et des particuliers sont pris pour cibles par un groupe d’hommes lourdement armés qui n’hésitent pas à ouvrir le feu sur les clients, les employés et les forces de l’ordre.
Le mode opératoire surprend immédiatement les enquêteurs. Les sommes dérobées sont souvent dérisoires au regard de l’extrême violence déployée. Les assaillants semblent davantage chercher à semer la terreur qu’à réaliser un simple braquage.
Au terme de la série criminelle, vingt-huit personnes ont perdu la vie et des dizaines d’autres ont été blessées.
Plus de quarante ans après les faits, personne n’a été définitivement identifié ni condamné.
Des attaques d’une brutalité exceptionnelle
Les premières agressions surviennent en 1982. Très vite, les enquêteurs constatent que plusieurs attaques présentent des similitudes : utilisation d’armes de guerre, véhicules volés, fuite soigneusement préparée et exécution méthodique des victimes.
Les faits culminent en 1985.
Le 27 septembre, puis le 9 novembre, les tueurs s’en prennent à des supermarchés Delhaize à Braine-l’Alleud, Overijse et Alost. À Alost, les assaillants tirent indistinctement sur les clients venus faire leurs courses un samedi soir.
Des enfants, des parents et des personnes âgées figurent parmi les victimes.
Le caractère apparemment indiscriminé de ces massacres marque durablement la société belge.
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Une enquête parmi les plus complexes d’Europe
Face à l’ampleur des crimes, la Belgique mobilise des moyens d’investigation considérables.
Des milliers de témoignages sont recueillis, des centaines de perquisitions sont menées et plusieurs commissions d’enquête sont constituées au fil des années.
Malgré cette mobilisation, les investigations se heurtent rapidement à de nombreuses difficultés.
Les scènes de crime sont multiples. Les auteurs utilisent différents véhicules, changent régulièrement d’armes et semblent parfaitement connaître les méthodes policières.
À cela s’ajoutent les rivalités entre services d’enquête, les erreurs de coordination et les pertes d’informations qui compliquent encore davantage le travail des magistrats.
Au fil du temps, le dossier devient l’une des plus vastes procédures criminelles jamais ouvertes en Belgique.
Trois grandes hypothèses divisent les enquêteurs
Depuis plus de quatre décennies, plusieurs thèses s’affrontent.
La première privilégie celle d’une équipe de grands bandits particulièrement violents. Selon cette lecture, les attaques auraient commencé comme des braquages avant de dégénérer en massacres.
Une seconde hypothèse évoque un groupe bénéficiant d’une formation militaire ou policière. La précision des opérations, la maîtrise des armes et certaines techniques utilisées ont conduit plusieurs enquêteurs à envisager l’implication d’anciens membres des forces de sécurité.
Enfin, une troisième piste, particulièrement controversée, suggère une stratégie de déstabilisation politique. Selon cette théorie, les massacres auraient eu pour objectif de créer un climat de peur afin de favoriser un durcissement sécuritaire durant les années de la guerre froide.
Aucune de ces hypothèses n’a toutefois pu être démontrée devant une juridiction.
Des suspects, mais aucun coupable
Au cours des décennies, plusieurs individus sont mis en cause.
Certains appartiennent au grand banditisme belge. D’autres sont liés à des mouvements d’extrême droite ou à d’anciens réseaux de sécurité.
Chaque nouvelle piste suscite un immense espoir.
Pourtant, les expertises balistiques, les témoignages et les recoupements ne permettent jamais d’établir avec certitude la responsabilité pénale d’un groupe ou d’une personne.
En 2018, un ancien gendarme est publiquement désigné par son frère comme pouvant être l’un des membres des Tueurs du Brabant. Cette révélation relance l’enquête, mais les investigations ne permettent pas d’apporter les preuves nécessaires pour confirmer cette accusation.
Les années passent sans que le mystère ne soit levé.
Une énigme judiciaire devenue un symbole national
Les Tueurs du Brabant représentent aujourd’hui le plus grand dossier criminel non résolu de l’histoire belge.
L’affaire a profondément marqué la justice du pays, entraînant d’importantes réformes dans la coordination des enquêtes criminelles et dans l’organisation des services de police.
Pour les familles des vingt-huit victimes, le temps n’a jamais effacé les interrogations.
Qui étaient réellement ces hommes capables de tuer avec une telle froideur ? Agissaient-ils uniquement pour l’argent, ou répondaient-ils à une logique politique ou idéologique plus vaste ? Les nombreuses erreurs commises au cours de l’enquête ont-elles empêché d’identifier les responsables, ou ceux-ci bénéficiaient-ils de protections au plus haut niveau ?
Plus de quarante ans après les premiers massacres, ces questions demeurent sans réponse.
Les Tueurs du Brabant n’ont jamais été identifiés avec certitude. Cette absence de vérité judiciaire continue de faire de cette affaire l’une des plus grandes énigmes criminelles d’Europe et l’un des dossiers les plus douloureux de l’histoire contemporaine de la Belgique.
La Rédaction
Sources et références
- Parquet fédéral de Belgique.
- Commission d’enquête parlementaire sur les Tueurs du Brabant.

