Face à l’aggravation de l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, la CEDEAO veut réduire le délai entre l’apparition d’un choc et la mobilisation des ressources nécessaires. Réunis à Lomé les 29 et 30 juillet 2026, les acteurs régionaux travaillent à la création d’un guichet de financement destiné à compléter la Réserve régionale de sécurité alimentaire et à rendre la réponse aux urgences plus rapide et plus prévisible.
Lomé — En six ans, le nombre de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest a plus que doublé. Estimé à 22,1 millions en 2020, il a atteint près de 52 millions entre juin et août 2026, selon les données régionales.
Cette progression traduit l’accumulation de crises désormais difficiles à dissocier. Les conflits perturbent les productions et les échanges, les événements climatiques extrêmes fragilisent les récoltes, tandis que l’inflation et la hausse des prix réduisent le pouvoir d’achat des ménages. À ces facteurs s’ajoutent les vulnérabilités sociales, les déplacements de population et les effets persistants des crises sanitaires.
Une réserve régionale encore incomplète
Pour renforcer la réponse collective, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest s’appuie depuis 2013 sur la Réserve régionale de sécurité alimentaire.
Le dispositif repose sur deux composantes. La première est constituée de stocks de denrées pré-positionnés dans plusieurs zones de la sous-région. Elle a déjà permis plus de vingt-sept interventions dans différents pays. La seconde doit assurer la mobilisation de ressources financières lors des urgences.
Ce volet financier reste toutefois insuffisamment opérationnel. Les procédures de financement, les conditions de déclenchement et les règles de gouvernance n’ont pas encore été entièrement définies. Cette lacune limite la capacité de la région à intervenir au moment où les premières mesures sont les plus efficaces.
L’atelier organisé à Lomé marque ainsi le lancement de l’élaboration des procédures du futur guichet de « Financement des risques », intégré à la révision de la Stratégie régionale de stockage de sécurité alimentaire pour la période 2026-2030.
Débloquer les fonds avant l’aggravation des crises
L’objectif du futur mécanisme est de rendre les ressources disponibles dès qu’un choc majeur atteint des seuils préalablement établis. La CEDEAO veut ainsi passer d’une logique de réaction tardive à un financement davantage fondé sur l’anticipation.
Le guichet devrait s’appuyer sur des outils paramétriques. Des indicateurs climatiques, agricoles, économiques ou nutritionnels pourraient déclencher les interventions sur la base de données mesurables, sans attendre que les conséquences de la crise soient pleinement installées.
À terme, plusieurs instruments financiers innovants pourraient être mobilisés, notamment les assurances contre les catastrophes, les obligations catastrophe ou d’autres mécanismes de transfert des risques.
Pour la représentante résidente de la CEDEAO au Togo, Deweh Emily Gray, l’enjeu est de disposer de ressources rapidement mobilisables afin d’apporter une réponse plus efficace et mieux adaptée aux crises alimentaires et nutritionnelles.
Des règles communes pour garantir rapidité et transparence
Pendant deux jours, les représentants des États, institutions régionales et partenaires techniques examinent les principes de fonctionnement du futur dispositif. Les discussions portent sur les sources de financement, les critères de déclenchement, la gouvernance, le suivi-évaluation et les mécanismes de contrôle.
La rapidité ne pourra en effet se faire au détriment de la transparence. Le futur guichet devra permettre des décaissements accélérés tout en garantissant la traçabilité des fonds et une répartition fondée sur la gravité des besoins.
Les participants doivent également partager les expériences nationales en matière de financement des risques agricoles et alimentaires. Ces contributions serviront à élaborer un manuel de procédures commun et une feuille de route pour la mise en œuvre du mécanisme.
La réforme bénéficie de l’appui de l’Agence française de développement et de la Banque mondiale, à travers le Programme de résilience des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest.
Faire de l’anticipation une capacité régionale permanente
Le futur guichet ne supprimera ni les conflits, ni les sécheresses, ni l’inflation alimentaire. Il pourrait toutefois réduire le coût humain et économique des crises en permettant d’intervenir avant que les moyens de subsistance ne soient durablement détruits.
Sa crédibilité dépendra désormais de plusieurs conditions : un financement suffisant, des règles acceptées par les États membres, des données fiables et une capacité réelle à déclencher rapidement les interventions.
À Lomé, la CEDEAO cherche donc moins à créer un instrument supplémentaire qu’à combler une faiblesse ancienne de son dispositif régional. Dans un contexte où les urgences alimentaires deviennent plus fréquentes, la véritable rupture consistera à disposer de ressources avant que la crise ne bascule dans la catastrophe.
La Rédaction

