Les tensions entre l’Égypte et l’Éthiopie autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) connaissent un nouveau regain. Le Caire accuse Addis-Abeba d’exploiter l’ouvrage de manière unilatérale, sans concertation avec les pays situés en aval du Nil, estimant que cette gestion met en péril la sécurité hydrique de l’Égypte et du Soudan.
Le Caire dénonce une gestion unilatérale
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a réaffirmé que la question de l’eau constituait un enjeu « existentiel » pour son pays, à l’occasion d’une conférence de presse tenue au Caire avec son homologue mozambicaine, Manuela Lucas.
Selon lui, l’Éthiopie poursuit l’exploitation du barrage sans respecter les principes de coordination préalable ni les règles du droit international applicables aux cours d’eau transfrontaliers. Il reproche également à Addis-Abeba de privilégier une approche politique au détriment d’une coopération régionale durable.
Pour l’Égypte, aucun État situé en amont ne peut prendre seul des décisions susceptibles d’affecter les ressources hydriques des pays riverains.
Des conséquences évoquées pour le Soudan
Le chef de la diplomatie égyptienne affirme que les récentes opérations de rétention d’eau menées par l’Éthiopie ont déjà produit des effets en aval.
Selon lui, la baisse du niveau des eaux observée ces derniers jours au Soudan aurait perturbé l’approvisionnement en eau de certaines populations, renforçant les inquiétudes exprimées depuis plusieurs années par Le Caire et Khartoum.
L’Égypte insiste toutefois sur le fait qu’elle ne conteste pas le droit de l’Éthiopie à produire de l’électricité et à soutenir son développement économique. Elle estime en revanche que ces ambitions doivent être conciliées avec les besoins vitaux des pays dépendant du Nil.
« L’Éthiopie a le droit au développement, mais l’Égypte et le Soudan ont également le droit à la vie », a résumé Badr Abdelatty.
Un différend qui dure depuis plus d’une décennie
Le Grand barrage de la Renaissance est au cœur des tensions régionales depuis le lancement de sa construction en 2011 sur le Nil Bleu. Présenté par Addis-Abeba comme le plus grand projet hydroélectrique d’Afrique, l’ouvrage est devenu un symbole de souveraineté nationale et de développement économique pour l’Éthiopie.
Son inauguration officielle en septembre 2025 n’a toutefois pas mis fin aux désaccords avec l’Égypte et le Soudan, qui continuent de réclamer un accord juridiquement contraignant définissant les modalités de remplissage et d’exploitation du barrage.
L’Éthiopie, de son côté, considère qu’un tel accord n’est pas indispensable et affirme que le projet ne vise pas à porter atteinte aux intérêts de ses voisins.
Une médiation toujours dans l’impasse
Les négociations entre les trois pays ont connu plusieurs cycles sans parvenir à un compromis durable. Après une longue interruption, les discussions avaient repris en 2023 avant de s’enliser à nouveau l’année suivante.
Cette nouvelle passe d’armes diplomatique montre que le différend reste entier. Au-delà du barrage lui-même, il soulève la question plus large de la gouvernance des ressources en eau du bassin du Nil, dans un contexte où la croissance démographique et les effets du changement climatique accentuent les pressions sur cette ressource stratégique.
Pour les trois pays, trouver un équilibre entre les impératifs de développement, la production d’énergie et la sécurité hydrique demeure l’un des principaux défis géopolitiques de la région.
La Rédaction

