La 3ᵉ édition de la Grande Rencontre des Compliance et Risk Officers (GRCRO), qui réunit plus de 300 experts les 8 et 9 juillet à Lomé, dépasse le cadre d’un séminaire technique. Elle révèle une stratégie de positionnement délibérée : faire du Togo la référence sous-régionale en matière de sécurité financière, à l’heure où le durcissement des normes internationales redistribue les cartes entre places émergentes.
La conformité, de la contrainte à l’avantage concurrentiel
Pendant des années, la conformité réglementaire a été perçue par de nombreuses institutions financières africaines comme une obligation coûteuse. L’évolution des standards internationaux a profondément modifié cette perception. Sous l’effet du renforcement des exigences du Groupe d’action financière (GAFI) et du phénomène de de-risking, qui conduit certaines banques internationales à réduire leur exposition aux marchés jugés plus risqués, la conformité est devenue un véritable facteur de compétitivité.
Dans ce contexte, le Togo cherche à consolider un environnement financier répondant aux exigences internationales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Au-delà du respect des normes communautaires de l’UEMOA, cette orientation participe au renforcement de la crédibilité de la place financière togolaise auprès des investisseurs et des partenaires internationaux.
Intelligence artificielle et fintechs : la conformité face aux nouveaux risques
L’édition 2026 de la GRCRO met en lumière les profondes mutations auxquelles sont confrontés les acteurs financiers. La transformation numérique accélère les innovations, mais elle ouvre également de nouveaux espaces aux risques opérationnels et à la criminalité financière.
Les travaux portent notamment sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la détection des opérations suspectes, l’encadrement du développement des fintechs, la cybersécurité ainsi que la sécurisation des paiements transfrontaliers. Les échanges visent à identifier des solutions capables de renforcer les dispositifs de contrôle tout en préservant la fluidité des services financiers et l’inclusion bancaire.
Un signal politique au service de l’attractivité financière
Placée sous le haut patronage du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, cette cinquième édition traduit également l’importance accordée par les autorités togolaises à la gouvernance économique et à la transparence des circuits financiers.
Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’attractivité du pays comme plateforme régionale de services financiers. La présence à Lomé du siège d’Ecobank ainsi que de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) illustre le rôle grandissant de la capitale togolaise dans l’écosystème financier ouest-africain.
Vers une culture africaine de la gestion des risques
Au-delà des enjeux réglementaires, la rencontre ambitionne de promouvoir une approche de la gestion des risques davantage adaptée aux réalités africaines. Les défis liés à l’économie informelle, à la digitalisation rapide des services financiers, aux flux transfrontaliers ou encore aux nouvelles formes de criminalité économique nécessitent des réponses construites à partir des spécificités régionales.
Pour les participants, le renforcement des mécanismes de conformité ne constitue plus uniquement une exigence réglementaire. Il apparaît désormais comme une condition essentielle pour améliorer la confiance des investisseurs, faciliter l’accès aux financements internationaux et soutenir une croissance durable des économies ouest-africaines.
La Rédaction

