Gustave Akpehou Djonda est un artiste togolais autodidacte né à Lomé en 1972. Depuis la fin des années 1990, il développe une œuvre transdisciplinaire où sculpture, peinture et photographie s’entrelacent autour des notions de mémoire, d’identité et de tensions sociales contemporaines. Son travail, exposé en Afrique et à l’international, s’est notamment imposé avec la série 100 Têtes sans visages, devenue une signature artistique forte. Entre présence et effacement, individualité et anonymat, cette série interroge une humanité fragmentée mais persistante.
Récemment désigné par ses pairs, il siège désormais au Conseil d’administration du Bureau togolais du droit d’auteur (BUTODRA). Une fonction qui marque un tournant dans sa trajectoire : de la création artistique vers l’espace institutionnel, où se posent les enjeux de reconnaissance, de structuration et de protection des droits des artistes visuels au Togo.
Dans cet entretien, Gustave Akpehou Djonda revient sur sa récente désignation au conseil d’administration du BUTODRA, les attentes qu’elle suscite chez les artistes plasticiens, ainsi que les principaux défis liés à la gestion collective des droits d’auteur au Togo. Il évoque également les priorités qu’il entend défendre dans le cadre de son mandat.
La Rédaction. Vous venez d’être désigné par vos pairs pour les représenter au sein du conseil d’administration du BUTODRA. Quel sentiment cela vous inspire-t-il ?
GAD. Je veux d’abord rendre gloire à Dieu pour tout. Je tiens également à saluer le travail de mon prédécesseur, de l’ensemble du bureau sortant, ainsi que les efforts constants du Directeur général et du personnel du BUTODRA. Cette désignation suscite en moi de nombreux sentiments. D’abord un profond sentiment de gratitude envers mes collègues plasticiens qui m’ont accordé leur confiance. J’éprouve également un sentiment d’humilité face à l’ampleur de la responsabilité qui m’est confiée. C’est aussi un sentiment de devoir, car cette confiance m’engage à être à l’écoute des préoccupations de mes collègues et à défendre au mieux leurs intérêts. Enfin, elle nourrit un véritable espoir. L’espoir que les attentes exprimées depuis des années puissent progressivement trouver des réponses concrètes et que nous puissions, ensemble, contribuer à une meilleure reconnaissance des arts plastiques et à l’amélioration des conditions de vie et de travail des artistes.
La Rédaction. Selon vous, quel est aujourd’hui le principal défi des artistes plasticiens togolais ?
GAD. Je ne parlerais pas d’un problème unique, mais plutôt d’un ensemble de défis. Certains concernent l’ensemble du secteur artistique, tandis que d’autres sont propres aux arts plastiques. Nous devons ouvrir une réflexion de fond sur le statut de l’artiste au Togo, la documentation de notre histoire artistique, les spécificités des différentes générations de plasticiens, le développement de nos espaces de visibilité, le renforcement de nos organisations professionnelles, sans oublier la formation artistique et les conditions sociales des artistes.
La Rédaction. Le BUTODRA améliore sa communication, mais de nombreux plasticiens évoquent encore un déficit d’information. Quel rôle comptez-vous jouer ?
GAD. La question de l’information est étroitement liée à celle des associations professionnelles. Beaucoup d’entre elles fonctionnent difficilement aujourd’hui. Pourtant, l’information n’a de sens que si chacun développe une véritable culture de l’information. S’informer, c’est mieux se préparer, mieux protéger sa carrière et mieux saisir les opportunités. Je pense qu’il faut repenser certains mécanismes de communication du BUTODRA tout en redynamisant les associations et la fédération des plasticiens. C’est à travers ces structures que l’information devrait circuler naturellement.
La Rédaction. Certains artistes estiment que les arts plastiques restent moins visibles que la musique dans les mécanismes de gestion collective. Qu’en pensez-vous ?
GAD. C’est un constat compréhensible et je comprends la frustration de certains collègues. La musique bénéficie d’une diffusion massive et permanente. Les arts plastiques fonctionnent différemment, autour de l’unicité des œuvres, des expositions, des acquisitions ou des commandes. Cette différence explique en partie les écarts de visibilité. Mais cela ne doit pas marginaliser les arts plastiques dans la gestion collective. Il faut mieux identifier et valoriser leurs droits spécifiques, notamment la reproduction des œuvres, le droit de suite ou encore l’usage des images dans les supports numériques et publicitaires.
La Rédaction. Où en est, selon vous, la mise en œuvre de la copie privée et des réformes du droit d’auteur ?
GAD. C’est un dossier complexe mais fondamental pour l’avenir économique des créateurs togolais. Le principe de la copie privée a déjà connu des avancées importantes, mais sa mise en œuvre reste difficile sur le plan technique et économique. Il faudra poursuivre le dialogue avec les acteurs concernés et renforcer l’unité du secteur culturel. Les artistes doivent parler d’une même voix lorsqu’il s’agit de défendre leurs droits.
La Rédaction. L’assurance maladie des artistes revient souvent dans les débats. Est-ce une priorité pour vous ?
GAD. Oui, clairement. Pour moi, c’est un chantier prioritaire. Il ne s’agit pas forcément de repartir de zéro, mais d’améliorer les dispositifs existants ou d’en imaginer de nouveaux. Mutuelle ou assurance classique, l’essentiel est que les artistes bénéficient d’une protection sociale réelle. Des partenariats innovants peuvent également être envisagés avec certaines institutions nationales.
La Rédaction. De nombreux artistes âgés vivent aujourd’hui dans des conditions difficiles malgré leur contribution au rayonnement culturel. Quelle réponse envisagez-vous ?
GAD. Une nation qui oublie ses artistes perd une part de sa mémoire. La situation de nos aînés mérite une attention particulière. Il faut engager un plaidoyer pour des mécanismes de soutien adaptés : fonds de secours, dispositifs de retraite ou accompagnement spécifique. Il ne s’agit pas de charité, mais de reconnaissance.
La Rédaction. Quel message souhaitez-vous adresser à vos collègues plasticiens au début de votre mandat ?
GAD. Je rends toute la gloire à Dieu. Cette mission ne peut être portée par une seule personne. Elle nécessite l’engagement de tous les plasticiens. Cette responsabilité est collective et ne peut réussir que dans l’unité, la solidarité et la discipline. Les avancées dépendront de notre capacité à nous organiser, à mieux nous informer et à défendre ensemble nos intérêts avec lucidité et détermination.
Entretien réalisé par Richard Laté Lawson-Body pour lacinquieme.

