Plutôt que de subir les crises climatiques et sécuritaires, Lomé et ses partenaires déploient une stratégie d’anticipation agronomique et humanitaire dans l’extrême-nord du pays. Objectif : désamorcer les vulnérabilités saisonnières avant qu’elles ne se transforment en urgence alimentaire.
LOMÉ — À l’entame de la période de soudure — cette phase critique où les réserves alimentaires des ménages s’amenuisent avant les prochaines récoltes —, l’extrême-nord du Togo fait l’objet d’une attention particulière des autorités et de leurs partenaires. Dans la région des Savanes, confrontée à des défis sécuritaires, climatiques et sociaux croissants, le gouvernement privilégie désormais une approche fondée sur l’anticipation plutôt que sur la gestion de crise.
Les projections du Cadre Harmonisé attirent l’attention sur les risques potentiels qui pourraient affecter plusieurs centaines de milliers de personnes entre juin et août 2026 si aucun soutien n’était apporté. Toutefois, ces estimations ne constituent pas le constat d’une crise déjà installée. Elles servent avant tout d’outil d’alerte précoce afin d’orienter les interventions et de prévenir une éventuelle dégradation de la situation alimentaire.
Les Savanes au cœur des vulnérabilités
La région des Savanes concentre aujourd’hui plusieurs facteurs de fragilité. Située à proximité des zones sahéliennes marquées par l’insécurité, elle accueille depuis plusieurs années des déplacés internes et des réfugiés venus chercher protection sur le territoire togolais. Cette dynamique exerce une pression supplémentaire sur les ressources locales, les terres agricoles, les infrastructures sociales ainsi que les revenus des ménages.
Dans de nombreuses localités, les communautés hôtes partagent leurs moyens de subsistance avec les populations déplacées, renforçant les besoins en matière d’alimentation, d’accès à l’eau, d’éducation et de santé. Face à cette réalité, les pouvoirs publics ont fait du renforcement de la résilience locale un axe stratégique majeur à travers le Programme d’urgence pour le renforcement de la résilience dans la région des Savanes (PURS).
Des indicateurs agricoles plus rassurants
Malgré les inquiétudes liées à la période de soudure, plusieurs indicateurs apparaissent plus favorables que lors des campagnes précédentes. Les résultats agricoles enregistrés au cours de la dernière saison témoignent d’une amélioration de la production pour plusieurs cultures vivrières essentielles.
Les stocks céréaliers demeurent à un niveau jugé satisfaisant et les autorités disposent de réserves importantes susceptibles d’être mobilisées en cas de besoin. Cette situation contribue à renforcer la capacité de réponse du pays face à d’éventuelles tensions sur les marchés.
Par ailleurs, les prix de certaines denrées de base, notamment le maïs, le sorgho et le niébé, ont enregistré une baisse à la fin du mois d’avril. Cette évolution offre un certain répit aux ménages les plus vulnérables et contribue à limiter les risques de forte inflation alimentaire pendant la période de soudure.
Construire la résilience au-delà de l’urgence
L’approche retenue par le gouvernement togolais et ses partenaires dépasse désormais le cadre de l’assistance alimentaire classique. L’objectif est de réduire durablement les facteurs de vulnérabilité en renforçant les capacités productives des communautés.
Les interventions en cours portent notamment sur l’amélioration de la production agricole, la restauration des terres dégradées, le soutien à la nutrition, le développement des moyens de subsistance ainsi que la promotion de l’alimentation scolaire basée sur les achats locaux. Cette stratégie vise à consolider l’économie rurale tout en créant des mécanismes durables de sécurité alimentaire.
À travers cette démarche, le Togo cherche à transformer les périodes de tension saisonnière en opportunités de renforcement de la résilience des territoires. Dans les Savanes, l’enjeu n’est plus seulement de répondre à une urgence ponctuelle, mais de construire les conditions d’une sécurité alimentaire durable face aux défis climatiques, sécuritaires et démographiques qui marquent l’avenir de la région.
La Rédaction

