À quelques jours d’intervalle, la Tunisie et l’Algérie ont reçu de hautes autorités militaires américaines. Derrière ces visites coordonnées, les États-Unis ajustent leur stratégie en Méditerranée occidentale, entre coopération navale, lutte contre les flux illicites et concurrence diplomatique avec la Chine.
En Afrique du Nord, la présence militaire américaine ne se limite plus au seul partenariat privilégié avec le Maroc. Si Rabat demeure un allié structurant de Washington dans la région, les États-Unis multiplient désormais les signaux d’ouverture vers d’autres capitales, dans une logique d’équilibrage stratégique de leurs positions en Méditerranée occidentale.
Une séquence diplomatique militaire à Tunis
Le 8 juin 2026, la Tunisie a accueilli l’amiral George M. Wikoff, commandant des forces navales américaines en Europe et en Afrique. Reçu par le ministre tunisien de la Défense Khaled Shili, en présence de hauts responsables militaires, l’officier américain a centré ses échanges sur la coopération navale et le renforcement des capacités maritimes tunisiennes.
Au cœur des discussions figurent la modernisation des forces navales, la préparation opérationnelle des unités spécialisées et la perspective de création d’un centre régional de formation pour les forces d’élite maritimes. Tunis cherche à se positionner comme une plateforme de coopération sécuritaire en Méditerranée, notamment dans les dispositifs multilatéraux de type Phoenix Express, exercice naval conduit chaque année sous commandement américain.
Dans cette configuration, la Tunisie valorise sa position géographique stratégique et son rôle dans la surveillance des flux maritimes en Méditerranée centrale, notamment ceux liés aux migrations et aux trafics transfrontaliers.
Alger et Washington : un rapprochement militaire assumé
Le lendemain, c’est à Alger que l’amiral Wikoff a poursuivi sa tournée régionale. Reçu par le général Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’armée algérienne et ministre délégué à la Défense, il a évoqué l’approfondissement de la coopération militaire bilatérale.
Les échanges ont porté sur les questions de sécurité régionale en Méditerranée occidentale et sur la montée en puissance des dispositifs de coopération engagés depuis la signature d’un mémorandum d’entente en janvier 2025. Celui-ci marque une inflexion notable dans les relations entre Alger et Washington, historiquement marquées par la prudence et la distance stratégique.
L’Algérie met en avant une doctrine de diversification de ses partenariats militaires tout en réaffirmant son attachement au non-alignement. Dans le même temps, les échanges avec les États-Unis traduisent une dynamique nouvelle, centrée sur la sécurité maritime, la lutte contre les trafics et la stabilisation régionale.
Une stratégie américaine d’équilibre en Méditerranée
La quasi-simultanéité des visites à Tunis et Alger illustre une approche américaine plus fine de l’Afrique du Nord. Washington ne mise plus uniquement sur des alliances exclusives, mais sur un réseau de partenariats complémentaires permettant de couvrir l’ensemble de l’espace méditerranéen.
Dans cette logique, la Tunisie apparaît comme un point d’appui opérationnel dans la gestion des flux maritimes, tandis que l’Algérie s’impose comme un acteur sécuritaire central dans l’architecture régionale de stabilité.
Cette recomposition intervient dans un contexte de compétition d’influence accrue, notamment avec la Chine, qui renforce également ses positions économiques dans la région, comme en témoigne l’intensification récente des échanges avec certaines provinces industrielles chinoises.
Vers une architecture militaire multipolaire en Afrique du Nord
Au-delà des déclarations officielles, ces échanges traduisent une transformation progressive de l’équilibre sécuritaire nord-africain. L’Afrique du Nord devient un espace de coopération militaire fragmentée, où les États-Unis cherchent à maintenir une présence flexible face à des puissances concurrentes et à des dynamiques régionales instables.
La Tunisie et l’Algérie, chacune à leur manière, s’inscrivent désormais dans cette logique d’ouverture contrôlée, où la coopération militaire devient un levier diplomatique autant qu’un outil de souveraineté.
La Rédaction

