Porté par le GGGI et la Corée du Sud, un ambitieux programme de gestion durable entend transformer cette filière stratégique, pilier de l’émancipation des femmes rurales, en un modèle de résilience climatique et de croissance verte.
LOMÉ, 5 juin 2026 – Le Togo s’apprête à franchir un cap décisif dans la valorisation de son « or vert ». Septième producteur mondial avec une récolte annuelle oscillant autour de 50 000 tonnes d’amandes, le pays s’arme d’une nouvelle feuille de route stratégique. En partenariat avec l’Institut mondial pour la croissance verte (GGGI) et grâce au soutien financier du Service forestier coréen, Lomé déploie un programme d’envergure articulé autour de trois piliers fondamentaux : la restauration écologique, la gouvernance locale et la modernisation économique d’une filière jusqu’ici sous-exploitée.
Au-delà de la simple préservation environnementale, cette initiative cible la transformation structurelle d’un secteur encore largement informel. Elle s’impose comme un levier macroéconomique crucial pour les régions Maritime, Centrale, de la Kara et des Savanes, où le karité fait vivre des communautés entières.
Restaurer les parcs à karité : le défi des 2 000 hectares
Face à la double menace de la pression anthropique (notamment la coupe de bois pour le charbon) et des dérèglements climatiques, la pérennité de la ressource est devenue une urgence nationale. Le cœur opérationnel du projet repose sur la restauration et le reboisement de 2 000 hectares de parcs à karité.
Cette approche agroforestière ne se limite pas à replanter des arbres ; elle vise à introduire des pratiques de gestion durable pour optimiser les rendements à long terme et stabiliser l’approvisionnement des marchés. En première ligne de ce dispositif, les coopératives de femmes et de jeunes sont positionnées comme les gardiennes de ces nouveaux écosystèmes, consolidant leur rôle historique de la collecte des amandes jusqu’aux premiers maillons de la chaîne de valeur.
Capturer la valeur ajoutée face à la ruée internationale
Si le karité fait partie intégrante du patrimoine culinaire et thérapeutique de l’Afrique de l’Ouest, il est devenu en quelques décennies une commodité globale hautement convoitée. Des géants de la cosmétique aux multinationales de l’agroalimentaire, la demande mondiale pour ce beurre végétal ne fléchit pas.
Pourtant, le Togo reste confronté au paradoxe classique des économies extractives : l’essentiel de la valeur ajoutée échappe encore au territoire national, en raison d’une transformation locale limitée et d’une exportation massive d’amandes brutes. Le défi majeur de ce partenariat avec le GGGI réside donc dans l’industrialisation verte, afin de passer d’une logique de cueillette à une production certifiée, conforme aux standards internationaux (bio, commerce équitable).
Un levier d’émancipation économique pour les femmes rurales
Au Togo, l’économie du karité repose largement sur les femmes rurales, qui constituent le cœur opérationnel de la filière. Ce secteur représente un filet de sécurité économique pour des dizaines de milliers de ménages, souvent organisés en coopératives.
En structurant la chaîne de valeur, le projet ambitionne de formaliser ces activités, de sécuriser les revenus des productrices et de renforcer leur position dans les circuits commerciaux.
En inscrivant le karité dans la dynamique de transition écologique, le Togo met en évidence une équation stratégique : la protection de la biodiversité peut converger avec l’inclusion sociale et la création de valeur industrielle. L’arbre de karité devient ainsi plus qu’une ressource naturelle : un marqueur d’économie verte en construction.
La Rédaction

