Une nouvelle réglementation entend combattre les stéréotypes de genre dans la sphère privée comme professionnelle, dans un pays où la modernisation économique cohabite encore avec des normes sociales conservatrices.
Le Vietnam a instauré une mesure juridique inédite visant à sanctionner les comportements considérés comme sexistes à l’égard des femmes, notamment lorsqu’ils consistent à les dissuader de travailler ou à les assigner exclusivement aux tâches domestiques. Entré en application au printemps 2026, le dispositif prévoit des sanctions financières pouvant atteindre environ 320 euros pour les infractions avérées.
Cette initiative s’inscrit dans une volonté affichée des autorités de renforcer l’égalité entre les sexes, en ciblant non seulement les discriminations institutionnelles mais aussi les pressions sociales exercées au sein des foyers et de l’entourage.
Une extension du droit dans la sphère privée
Le texte élargit le champ d’intervention de l’État à des comportements traditionnellement considérés comme relevant de la vie familiale. Sont désormais visés les propos ou attitudes visant à empêcher une femme de travailler, à restreindre ses choix de vie professionnelle ou reproductive, ou encore à lui imposer un rôle domestique exclusif.
Les autorités entendent ainsi traiter ce qu’elles définissent comme des formes diffuses de discrimination, souvent invisibles mais jugées déterminantes dans la reproduction des inégalités de genre.
Une réforme portée par une logique d’égalité structurante
Cette évolution juridique s’inscrit dans une tradition politique où l’égalité entre les sexes est officiellement présentée comme un principe fondamental. Le pays affiche depuis plusieurs décennies une forte participation féminine au marché du travail, notamment dans les secteurs industriels et exportateurs.
Cependant, cette présence économique ne se traduit pas mécaniquement par une égalité de statut dans les sphères de décision, où les hommes demeurent largement majoritaires.
Entre modernisation économique et résistances sociales
Dans les faits, les normes sociales continuent de valoriser des modèles familiaux traditionnels, où la répartition des rôles reste fortement genrée. Les autorités doivent donc composer avec un décalage entre les ambitions légales et les pratiques sociales.
Cette tension est d’autant plus visible que certaines tendances internationales valorisant le retour des femmes au foyer ou des modèles familiaux traditionnels trouvent un écho dans divers espaces culturels, accentuant le contraste avec l’orientation vietnamienne.
Un enjeu de transformation des mentalités
Au-delà de l’arsenal juridique, la portée réelle de la réforme dépendra de sa capacité à modifier les comportements sociaux. La difficulté réside notamment dans la preuve des pressions exercées au sein de la sphère privée et dans l’application concrète des sanctions.
Pour les autorités, il s’agit moins d’une rupture immédiate que d’un processus de long terme visant à redéfinir les normes sociales autour de l’égalité de genre, dans un contexte de transformation rapide de l’économie et des structures sociales.
La Rédaction

