Au-delà des enjeux de production, le transport et la répartition du courant restent le véritable nerf de la guerre pour l’accès à l’énergie. Entre modernisation des réseaux urbains et offensive solaire dans les campagnes, état des lieux d’un chantier national crucial pour les foyers togolais.
L’équation énergétique est trop souvent résumée à une seule question : produit-on assez de mégawatts ? Pourtant, une fois l’électricité générée, le plus complexe reste à faire. Acheminer ce courant de manière stable, continue et équitable jusqu’au cœur des foyers exige une infrastructure robuste. Au Togo, ce défi se joue sur deux fronts bien distincts : la modernisation des réseaux saturés dans les villes et l’électrification accélérée des zones rurales.
Le défi urbain : adapter le réseau à la croissance des villes
En milieu urbain, la gestion de la distribution repose sur les épaules de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET). Si elle pilote un vaste maillage de lignes et de postes de transformation, ce réseau national fait face à une double pression : le poids des années et une expansion démographique fulgurante.
À Lomé, par exemple, le développement de la capitale a largement devancé les planifications initiales. De nouveaux quartiers surgissent rapidement, créant une demande locale massive sur des infrastructures qui n’étaient pas dimensionnées pour une telle charge. Résultat : des goulots d’étranglement, des surcharges de transformateurs et des baisses de tension qui perturbent le quotidien des usagers et des entreprises.
Pour désamorcer cette crise de croissance, l’État a engagé des réformes structurelles lourdes à travers deux initiatives phares : le PEREL (Projet d’extension du réseau électrique de Lomé) et le PERECUT (Projet d’Extension des Réseaux Électriques des Centres Urbains du Togo). L’objectif est clair : remplacer les lignes obsolètes par des câbles plus sûrs, rééquilibrer la charge pour éviter les délestages techniques, et raccorder plus de 150 000 foyers dans une cinquantaine de localités urbaines.
L’offensive rurale : le pari du solaire et du hors-réseau
Si le réseau filaire classique se consolide dans les centres urbains, l’étendre à travers tout le territoire rural s’avère souvent trop coûteux ou trop lent. Pour désenclaver les campagnes et tenir l’objectif national de 100 % d’accès à l’électricité d’ici 2030, le gouvernement — via l’Agence Togolaise d’Électrification Rurale et des Énergies Renouvelables (AT2ER) — déploie une stratégie radicalement différente : l’électrification décentralisée.
L’effort gouvernemental en milieu rural s’articule autour de solutions technologiques agiles :
Le programme “Cizo” (“Allumer” en langue guen) : Ce projet phare s’appuie sur des partenariats avec le secteur privé pour distribuer massivement des kits solaires domestiques. Grâce au système de paiement fractionné (Pay-As-You-Go) par téléphonie mobile, les ménages ruraux accèdent à l’éclairage et à la recharge de leurs équipements pour un coût quotidien adapté à leurs revenus.
Les mini-centrales solaires villageoises : Pour les localités plus denses mais isolées, l’État finance la construction de micro-réseaux (mini-grids) alimentés par de petites centrales photovoltaïques locales. Une approche qui permet d’alimenter les foyers, mais aussi les infrastructures communautaires essentielles (écoles, centres de santé) et les petites unités agricoles (pompage d’eau, moulins).
L’éclairage public de sécurité : À travers des initiatives de lampadaires solaires autonomes, l’accent est également mis sur la sécurisation des axes routiers villageois, favorisant ainsi la dynamisation de l’économie nocturne dans les zones reculées.
La stratégie togolaise en chiffres :
150 000 foyers urbains en cours de raccordement et de stabilisation via le PEREL et le PERECUT.
Une ambition de porter le taux d’électrification rurale à plus de 50 % en s’appuyant massivement sur le potentiel de l’énergie solaire hors-réseau.
Un travail de fond pour une souveraineté énergétique
Restructurer un réseau électrique urbain tout en inventant un modèle énergétique rural s’apparente à une opération à cœur ouvert : les chantiers doivent avancer sans interrompre la vie économique et sociale du pays. C’est un travail de l’ombre, parfois perçu comme lent par les populations légitimement impatientes, mais techniquement indispensable.
Ces investissements massifs rappellent que la transition énergétique du Togo ne se mesurera pas seulement à la taille de ses centrales, mais bien à sa capacité à distribuer une énergie stable, sécurisée et inclusive à chaque citoyen, des centres d’affaires de Lomé aux villages les plus isolés.
La Rédaction
Sources
- Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET)
- Agence Togolaise d’Électrification Rurale et des Énergies Renouvelables (AT2ER)
- Ministère des Mines et de l’Énergie du Togo
- Programme CIZO – électrification solaire rurale (Togo)
- Banque mondiale – rapports énergie et accès à l’électricité en Afrique de l’Ouest
- Banque africaine de développement (BAD) – initiatives d’électrification hors réseau en Afrique subsaharienne

