Au Burkina Faso, l’arrestation de l’influent imam sunnite Mohamad Ishaq Kindo relance les débats sur la liberté d’expression religieuse et le climat politique sous la transition militaire dirigée par Ibrahim Traoré.
L’imam Kindo a été interpellé le 26 mai à Ouagadougou, selon plusieurs organisations religieuses et médias locaux. Aucune explication officielle détaillée n’avait été communiquée dans les heures suivant son arrestation.
Cette interpellation intervient deux jours après des critiques publiques formulées par le religieux contre un projet de loi encadrant davantage les pratiques religieuses et les rassemblements publics. Selon plusieurs médias, l’imam avait dénoncé de possibles restrictions visant les prières dans certains espaces publics et mis en garde contre une limitation des libertés religieuses.
Figure connue du courant sunnite burkinabè, Mohamad Ishaq Kindo dispose d’une forte influence au sein de plusieurs réseaux religieux du pays. Son arrestation a rapidement provoqué des réactions dans certains quartiers de Ouagadougou, où plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour demander sa libération. Selon des témoins cités par l’AFP, des forces de sécurité ont dispersé des manifestants à l’aide de gaz lacrymogènes.
La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a confirmé l’interpellation du religieux dans un communiqué publié mardi soir. L’organisation affirme avoir engagé des démarches auprès des autorités afin d’obtenir des informations sur sa situation et a appelé les fidèles musulmans « au calme, à la retenue et à la sérénité ».
L’affaire intervient dans un contexte politique déjà marqué par une surveillance accrue des voix critiques au Burkina Faso. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré après le coup d’État de 2022, plusieurs acteurs politiques, journalistes, militants ou personnalités publiques critiques de la transition ont fait l’objet d’arrestations, de convocations ou de disparitions signalées par des organisations de défense des droits humains.
Les autorités burkinabè justifient régulièrement le durcissement sécuritaire par la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans une grande partie du territoire. Le pays reste confronté à une crise sécuritaire majeure depuis près d’une décennie, avec des milliers de morts et de déplacés internes.
Dans ce climat, la question religieuse demeure particulièrement sensible. Le Burkina Faso possède historiquement un équilibre confessionnel relativement stable entre communautés musulmanes, chrétiennes et traditionnelles. Plusieurs observateurs redoutent désormais que les tensions politiques actuelles ne fragilisent davantage cet équilibre.
À ce stade, aucune information officielle n’a été publiée sur d’éventuelles poursuites judiciaires visant l’imam Kindo ni sur le lieu exact où il serait détenu.
La Rédaction

