La Somalie fait face à une aggravation alarmante de la crise alimentaire. Selon la dernière analyse de la plateforme IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire), soutenue par les Nations unies, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë a presque doublé en un an, passant de 3,4 millions début 2025 à 6,5 millions aujourd’hui.
Cette détérioration rapide s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs : l’échec des pluies de la saison Deyr (octobre-décembre), une production agricole insuffisante, la flambée des prix des denrées locales et importées, ainsi que la persistance des conflits armés et des déplacements internes. Les agriculteurs pauvres, les éleveurs et les personnes déplacées internes figurent parmi les groupes les plus exposés.
Plus de deux millions de personnes en situation d’urgence
L’IPC classe la gravité de l’insécurité alimentaire sur une échelle de 1 à 5. Actuellement, plus de 6,5 millions de Somaliens se situent en phase 3 ou plus (crise ou pire), dont plus de deux millions en phase 4, soit un niveau d’urgence. Ces populations présentent des déficits alimentaires importants, une hausse de la malnutrition aiguë et recourent à des stratégies de survie extrêmes pour subvenir à leurs besoins essentiels.
La situation des enfants est particulièrement préoccupante. D’après les données relayées par le UNICEF, près de 1,84 million d’enfants de moins de cinq ans souffrent ou risquent de souffrir de malnutrition aiguë cette année, dont 483 000 cas de malnutrition aiguë sévère (MAS), la forme la plus mortelle de malnutrition.
Sécheresse, conflits et recul de l’aide humanitaire
Dans le centre, le sud et certaines zones du nord du pays, la sécheresse persistante, l’insécurité liée aux groupes armés et la compétition pour les ressources ont perturbé les moyens de subsistance et l’accès aux marchés. À ces facteurs s’ajoute une réduction de l’assistance humanitaire, aggravant la vulnérabilité des ménages déjà fragilisés.
La période sèche du Jilaal, la plus chaude de l’année, devrait encore accentuer la pression jusqu’en mars. Les prévisions indiquent toutefois que la saison des pluies Gu (avril-juin) pourrait être globalement moyenne, permettant une amélioration progressive des ressources en eau et en pâturages. Le nombre de personnes en phase 3 ou plus pourrait alors reculer à environ 5,5 millions, mais l’insécurité alimentaire resterait largement répandue et les améliorations inégales selon les régions.
Appel à une mobilisation urgente
Face à l’ampleur de la crise, l’IPC appelle à une intensification immédiate de l’aide humanitaire vitale, en priorité dans les zones dites « hotspots » où se cumulent insécurité alimentaire aiguë et malnutrition sévère. Les experts recommandent également de renforcer la coordination entre les secteurs de la sécurité alimentaire, de la nutrition, de la santé et de l’eau-hygiène-assainissement (WASH), afin de garantir une réponse intégrée et ciblée vers les populations les plus vulnérables.
La Somalie demeure ainsi confrontée à une urgence humanitaire majeure, où sécheresse, conflit et inflation alimentaire s’entremêlent, menaçant la survie de millions de personnes.
La Rédaction

