Quand la diplomatie écoute la conscience
Le Saint-Siège a donné, mercredi soir à Genève, une résonance particulière à l’appel du pape Léon XIV en faveur d’une paix « désarmée et désarmante ». Environ 300 diplomates de haut niveau, ambassadeurs, responsables humanitaires et chefs religieux se sont réunis dans l’église Saint-Nicolas de Flüe de la paroisse Saint-Jean XXIII pour le 17ᵉ Service interreligieux annuel pour la paix, organisé conjointement par la Mission permanente du Saint-Siège auprès de l’ONU à Genève et le Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.
Dans un monde marqué par l’escalade des conflits et la résurgence d’une « logique de la force brute », cette cérémonie s’est voulue un écho direct au Message du pape Léon XIV pour la Journée mondiale de la paix 2026, intitulé : « La paix soit avec vous : vers une paix désarmée et désarmante ».
Une convergence rare entre foi, diplomatie et humanitaire
La soirée a été marquée par une convergence inhabituelle de personnalités religieuses et humanitaires de premier plan. La présence du cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem, a donné une dimension particulière à l’événement, tout comme l’intervention du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), représenté par son vice-président Gilles Carbonnier, lisant une déclaration au nom de la présidente Mirjana Spoljaric.
Autour du représentant du pape, diplomates et responsables spirituels chrétiens, juifs, musulmans et bouddhistes ont partagé réflexions, invocations et chants, portés notamment par les chorales philippine et africaine de la paroisse, soulignant l’universalité de la communauté internationale genevoise et de l’Église catholique.
Une « espérance exigeante » venue de Terre Sainte
Arrivé de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa a livré une méditation austère et profondément humaine sur la réalité du pastorat dans l’une des régions les plus meurtries par les conflits contemporains. Face à la tentation de la résignation, il a mis en garde contre l’idée que la violence deviendrait un horizon normal des relations internationales.
« Renoncer à la paix reviendrait à accepter que la guerre devienne le langage normal des relations humaines et internationales », a-t-il affirmé. Accueillir le message de Léon XIV, a-t-il poursuivi, ne signifie pas céder à un optimisme naïf, mais choisir « une espérance exigeante », capable de regarder en face les blessures, les traumatismes et les peurs sans les ériger en fatalité.
Évoquant la Terre Sainte, le patriarche latin a rappelé que les cessez-le-feu ne suffisent pas sans une transformation profonde des consciences. « Il n’y a pas de paix durable sans justice, mais il n’y a pas de justice réelle si l’autre n’est pas reconnu comme une personne, et non comme un outil ou un obstacle. »
Le CICR rappelle l’impératif humanitaire
La cérémonie a pris une dimension supplémentaire avec la déclaration du CICR. Gilles Carbonnier, au nom de la présidente Mirjana Spoljaric, a dressé un constat préoccupant : le monde compte aujourd’hui environ 130 conflits armés actifs, soit près du double d’il y a quinze ans.
Face à l’érosion du droit international humanitaire, le message fut clair : « S’il y a cent pas vers la paix, les premiers sont humanitaires. » Le respect du droit humanitaire, a-t-il insisté, sauve des vies, maintient des ponts là où tout semble rompu et rappelle que l’humanité ne s’éteint pas lorsque la guerre commence. Il ne peut y avoir de paix durable, a-t-il souligné, si chaque vie humaine n’est pas reconnue comme également digne de protection.
Triompher sans conquérir
Hôte de la soirée, Mgr Ettore Balestrero, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège à Genève, a présenté la rencontre comme un contre-discours à la normalisation de la violence.
Selon lui, une paix « désarmée et désarmante » ne cherche pas à vaincre par la force, mais à « triompher sans conquérir », en formant non pas au combat mais à la réconciliation et à la coopération. Il a exhorté les diplomates à résister à la militarisation des mots et des pensées, et les croyants à refuser toute instrumentalisation de la foi pour justifier la violence, le nationalisme ou l’exclusion.
Un appel universel au dialogue
Les interventions se sont succédé dans un esprit de dialogue interreligieux : le rabbin François Garaïpour la communauté juive libérale de Genève, le vénérable Tawalama Dhammika pour la communauté bouddhiste, Chantal Eberlé pour l’Église protestante de Genève, le métropolite Maxime de Suissepour la communauté orthodoxe, et Mohamed Levrak pour la communauté musulmane de Genève.
La déclaration du CICR est intervenue avant le mot de clôture de Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse, qui a invité l’assemblée à reprendre ensemble la prière de saint François d’Assise. La soirée s’est poursuivie par une réception, permettant aux diplomates et responsables religieux d’approfondir les échanges dans un esprit de fraternité.
Quand Genève devient caisse de résonance du message pontifical
Au-delà du rituel, cette rencontre a rappelé que la paix selon Léon XIV ne relève pas d’une abstraction morale, mais d’une responsabilité politique, humanitaire et spirituelle. À Genève, capitale du multilatéralisme, le Saint-Siège a voulu transformer l’appel du pape en espace concret de dialogue, là où se croisent diplomatie, foi et conscience humaine.
Dans un monde tenté par le repli et la force, cette soirée a posé un autre langage : celui d’une paix qui désarme d’abord les cœurs avant les armes.
La Rédaction

