Former l’intégrité avant l’accès aux responsabilités publiques
La lutte contre la corruption au Togo change de méthode. Plutôt que d’intervenir uniquement après les faits, les autorités anticorruption choisissent désormais d’agir en amont, là où se forment les futurs cadres du pays. Les universités deviennent ainsi un nouvel espace stratégique de prévention.
La Haute autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) a lancé la phase opérationnelle de son programme d’intégration de l’éducation à l’intégrité dans l’enseignement supérieur. L’objectif est clair : sensibiliser les étudiants avant leur entrée dans la vie professionnelle, au moment où se construisent les valeurs et les réflexes.
Miser sur la formation plutôt que sur la seule sanction
L’initiative repose sur une conviction forte : la corruption n’est pas seulement un problème juridique, c’est aussi un phénomène culturel et social. En formant tôt les futurs décideurs, l’État espère réduire durablement les pratiques illicites dans l’administration et les institutions publiques.
Pour cette phase pilote, quatre établissements ont été sélectionnés : l’Université de Lomé, l’Université de Kara, l’École normale supérieure d’Atakpamé et l’École nationale d’administration. Ces structures forment une grande partie des élites administratives, éducatives et techniques du pays.
Des contenus intégrés aux cursus universitaires
Concrètement, le programme se déploiera à travers des conférences et des séminaires intégrés aux parcours de licence, master et doctorat. Les étudiants seront amenés à comprendre les mécanismes de la corruption, ses causes profondes et ses conséquences sur le développement, la confiance publique et les finances de l’État.
Les enseignements aborderont également les différentes infractions prévues par la législation en vigueur, ainsi que les sanctions contenues dans le nouveau code pénal. L’enjeu est de rendre le cadre juridique accessible et compréhensible, afin de briser la banalisation de certains comportements.
Former des citoyens responsables
Au-delà des diplômes, la HAPLUCIA cherche à encourager une prise de conscience. Il s’agit de former des professionnels compétents, mais aussi des citoyens responsables, capables de résister aux pressions et de mesurer l’impact de leurs actes sur la société.
Cette approche marque un tournant dans la stratégie anticorruption au Togo. Elle place l’éducation au cœur de la prévention et affirme que l’intégrité doit être considérée comme une compétence essentielle du service public.
Si cette phase expérimentale porte ses fruits, elle pourrait être élargie à d’autres niveaux de l’enseignement, renforçant ainsi l’ancrage durable de la culture de probité dans le pays.
La Rédaction

