Djilali Adel s’inscrit dans la lignée des artistes contemporains algériens qui font du patrimoine une matière vivante, active et en constante réinvention. Peintre et plasticien, il développe une œuvre profondément ancrée dans l’histoire culturelle du Maghreb, tout en dialoguant avec les enjeux esthétiques et symboliques du monde contemporain. Son travail ne se limite pas à une simple évocation nostalgique du passé : il interroge, transforme et actualise des formes héritées pour leur donner une nouvelle lisibilité. À cette recherche plastique s’ajoute une ouverture progressive vers les outils et les espaces numériques, que l’artiste aborde comme un prolongement naturel de sa réflexion. Sans rompre avec la matière ni avec le geste, le numérique lui permet d’explorer autrement les signes, les textures et la diffusion de l’œuvre, inscrivant ainsi sa démarche dans une contemporanéité élargie. Dans un contexte de mondialisation culturelle où les identités peuvent se diluer, l’œuvre de Djilali Adel agit comme un espace de résistance douce. Elle affirme la continuité des mémoires locales, des savoirs anciens et des croyances populaires, tout en les inscrivant dans une écriture plastique actuelle. L’artiste devient ainsi un passeur : un créateur qui relie les générations et les temporalités, et qui fait du patrimoine un langage ouvert.


Un parcours entre formation, enseignement et création
Le parcours de Djilali Adel éclaire avec force la cohérence et la profondeur de sa démarche artistique. Né en 1955 à Chlef, en Algérie, il se forme aux arts plastiques à l’École des Beaux-Arts d’Alger, où il acquiert les bases d’une rigueur plastique et conceptuelle solide. Cette formation initiale, marquée par l’héritage de la modernité artistique algérienne, constitue un socle essentiel dans son rapport à l’image, au signe et à la composition.
Sa trajectoire se poursuit en Europe, notamment en Allemagne, où il intègre l’École supérieure des Beaux-Arts de Hambourg (HFBK). Ce séjour joue un rôle déterminant dans l’élargissement de son champ de réflexion. Confronté aux courants de l’art contemporain européen, au design graphique et aux problématiques de la communication visuelle, Djilali Adel développe une approche ouverte, sensible aux enjeux de la modernité, de la lisibilité des formes et du langage visuel. Cette double culture artistique maghrébine et européenne nourrit durablement son écriture plastique.
Parallèlement à sa pratique artistique, Djilali Adel mène une carrière d’enseignant à l’École des Beaux-Arts de Mostaganem, puis à l’Université Abdelhamid Ibn Badis de Mostaganem, où il formera plusieurs générations d’artistes et de créateurs. Cette dimension pédagogique occupe une place centrale dans son parcours. Elle renforce sa réflexion sur la transmission, le sens et la responsabilité de l’artiste face à l’histoire et à la société.
Présent sur la scène artistique algérienne à travers de nombreuses expositions collectives et individuelles, Djilali Adel construit une œuvre discrète mais exigeante, reconnue pour sa profondeur conceptuelle. Son parcours, marqué par la formation, l’enseignement et la recherche, confère à son travail une densité particulière, où chaque œuvre apparaît comme le prolongement d’un cheminement intellectuel et spirituel.


Le patrimoine maghrébin comme source fondamentale
Le patrimoine maghrébin constitue la source première et structurante de la démarche artistique de Djilali Adel. Il ne s’agit pas pour lui d’un simple répertoire de formes anciennes, mais d’un ensemble vivant de références culturelles, spirituelles et sociales, toujours en mouvement. Ce patrimoine est envisagé dans sa globalité, à la fois matériel et immatériel, visible et invisible, transmis par les objets autant que par les gestes, les récits et les croyances.
L’héritage matériel se manifeste à travers les architectures vernaculaires, les outils artisanaux, les métaux travaillés, les parures, les talismans et les objets du quotidien. Ces éléments, souvent modestes et fonctionnels, portent en eux une mémoire collective façonnée par des siècles d’usage et de transmission. Djilali Adel les convoque non pour leur valeur folklorique, mais pour leur charge symbolique et leur capacité à raconter une histoire silencieuse.
L’héritage immatériel occupe une place tout aussi centrale dans son travail. Il se déploie dans les croyances populaires, les rites de protection, les pratiques spirituelles et les systèmes de signes transmis oralement. Ces savoirs, souvent marginalisés ou menacés par l’oubli, constituent pour l’artiste une richesse essentielle. En les intégrant à son œuvre, il leur offre une nouvelle visibilité et les inscrits dans un langage plastique contemporain.


Les signes comme langage universel
Au cœur de la démarche de Djilali Adel, le signe occupe une place centrale et structurante. Plus qu’un motif décoratif ou un élément graphique, le signe constitue un véritable langage plastique, porteur de sens, de mémoire et de spiritualité. Il s’agit d’un langage antérieur à l’écriture, profondément enraciné dans l’histoire des sociétés humaines, capable de traverser les âges et les cultures sans perdre sa force évocatrice.
Dans l’œuvre de l’artiste, le signe agit comme une unité de pensée. Il condense à la fois une expérience collective, une croyance et une émotion. Djilali Adel s’inscrit ainsi dans une tradition ancestrale où les formes visuelles précèdent le verbe et où l’image joue un rôle fondamental dans la transmission des savoirs. Le signe devient un moyen de dire l’indicible, de représenter ce qui échappe au langage rationnel.
Parmi les signes récurrents de son univers plastique, on retrouve la main de Fatima (ou khamsa), l’œil protecteur, le fer à cheval, ainsi que des figures géométriques simples telles que le cercle, le triangle ou la croix. Ces symboles, profondément ancrés dans les croyances populaires du Maghreb, sont traditionnellement associés à la protection, à la chance, à la fertilité ou à la lutte contre le mauvais œil. Ils relèvent d’un imaginaire collectif partagé, transmis de génération en génération.
En les intégrant à ses compositions, Djilali Adel ne se contente pas de les citer ou de les illustrer. Il les réactive, les déplace et les confronte à d’autres formes et matières. Le signe perd alors son statut d’objet folklorique pour devenir un élément dynamique, inscrit dans une réflexion contemporaine. Il est à la fois mémoire du passé et outil de questionnement du présent.


Ouverture vers le numérique
Dans une démarche d’élargissement de son champ d’expression, Djilali Adel explore la création numérique comme un territoire complémentaire à son travail plastique. Loin d’opérer une rupture avec la matière, le geste ou le signe, cette ouverture s’inscrit dans la continuité de sa recherche artistique. Le numérique devient pour lui un nouvel espace de traduction, où les formes ancestrales et les symboles hérités peuvent être déplacés, recomposés et recontextualisés.
À travers les outils numériques, l’artiste interroge la capacité des signes traditionnels à survivre et à se transformer dans un monde dominé par l’image digitale. La main, l’œil, les formes géométriques et les textures inspirées de la terre trouvent ainsi une nouvelle matérialité, immatérielle mais néanmoins chargée de sens. Le pixel, la superposition virtuelle et la lumière de l’écran deviennent des équivalents contemporains du grain, de la matière et de la trace.
Cette pratique numérique permet également à Djilali Adel d’expérimenter autrement le temps et l’espace de l’œuvre. Les compositions peuvent être modulées, animées ou multipliées, ouvrant la voie à des lectures renouvelées. Le signe n’est plus figé : il circule, se répète, se fragmente et se recompose, à l’image des mémoires collectives qu’il convoque.


L’ouverture vers le numérique répond aussi à une volonté de diffusion et de partage. En investissant les plateformes digitales, l’artiste rend son travail accessible à un public plus large, au-delà des espaces traditionnels d’exposition. Cette dimension élargit la portée de son œuvre et inscrit sa démarche dans les réalités contemporaines de circulation des images et des idées.
Richard Laté Lawson-Body










