Le Pendant longtemps, la justice transitionnelle a semblé être un concept lointain au Togo, évoqué dans les rapports et discours officiels sans véritable concrétisation. Pourtant, depuis 2017, l’État a fait de la réparation un outil concret de politique publique, mobilisant près de 30 milliards FCFA pour indemniser et soutenir les victimes des violences sociopolitiques survenues entre 1958 et 2015. Un chantier long, structuré, mais surtout profondément humain, orchestré par le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN).
Des fonds massifs pour des réparations mesurables
Le fonds spécial d’indemnisation géré par le HCRRUN illustre cette approche pragmatique. En huit étapes, 29,6 milliards FCFA ont été mobilisés, dont 24,8 milliards destinés directement aux victimes. La majeure partie, 23,6 milliards FCFA, a été versée sous forme d’indemnisations financières individuelles. À cela s’ajoutent 832 millions FCFA pour des réparations communautaires, 203 millions FCFA pour des initiatives mémorielles et 144 millions FCFA pour des bourses d’études offertes aux enfants orphelins des crises politiques. Les dépenses de fonctionnement représentent quant à elles 4,8 milliards FCFA sur la période, garantissant la pérennité du programme.
33 331 victimes reconnues et accompagnées
Depuis le lancement du programme, 33 331 victimes ont été indemnisées. La seule huitième étape, couvrant 2024 et 2025, a permis d’indemniser 2 838 personnes lors de quatorze sessions tenues à Guérin-Kouka, Lomé et Sotouboua. Parallèlement, 209 enfants orphelins ont été intégrés comme boursiers, dont 183 en 2024 et 26 en 2025, montrant l’ancrage du programme dans une vision de long terme.
Une réparation qui dépasse l’argent
Le HCRRUN ne se limite pas aux versements financiers. Le programme inclut également la restitution de biens, l’accompagnement psycho-médical, ainsi que des réparations collectives et mémorielles, visant à restaurer la dignité des victimes et à renforcer la confiance entre l’État et ses citoyens. Cette approche multidimensionnelle traduit une vision moderne de la justice transitionnelle, où la réparation ne se limite pas à l’indemnisation mais devient un acte de cohésion nationale.
Un chantier ouvert et durable
Ces dix années d’efforts traduisent la volonté de l’État togolais d’inscrire la réconciliation dans la durée. Les près de 30 milliards FCFA mobilisés ne sont pas seulement un chiffre : ils symbolisent un engagement concret, mesurable et durable pour reconnaître les victimes, réparer les blessures du passé et construire un futur plus juste. La réparation comme politique publique devient ainsi un pilier de la stabilité et de l’unité nationale au Togo.
La Rédaction

