Un nouveau pari sécuritaire international se dessine pour Haïti
Face à l’enlisement de la mission multinationale actuellement déployée en Haïti et à l’expansion continue des gangs armés, la communauté internationale prépare déjà l’« après ». Dix-huit pays se sont engagés à contribuer à une nouvelle force de sécurité antigang, appelée à prendre le relais du dispositif en place, a annoncé le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin.
Cette future force, conçue sous la houlette des États-Unis, devrait mobiliser 5 500 soldats et agents de sécurité, avec un déploiement progressif dès les premiers mois de 2026. L’objectif affiché est clair : reprendre le contrôle sécuritaire du pays, restaurer l’autorité de l’État et créer les conditions minimales pour un retour à l’ordre constitutionnel.
Une mission actuelle aux résultats jugés insuffisants
Depuis plusieurs mois, la mission multinationale soutenue par l’ONU peine à contenir la violence extrême qui ravage Port-au-Prince et de vastes zones du territoire haïtien. Les forces locales, sous-équipées et débordées, font face à des gangs lourdement armés, responsables de meurtres, viols, enlèvements, pillages et déplacements massifs de populations.
Malgré l’arrivée récente de renforts kenyans — une centaine de policiers supplémentaires déployés début décembre — les résultats restent largement en deçà des attentes. Ce constat d’échec partiel a accéléré la réflexion autour d’un nouveau cadre opérationnel, plus structuré, plus robuste et placé sous une coordination internationale renforcée.
Une force multinationale sous commandement harmonisé
Selon Albert Ramdin, l’un des enjeux majeurs de ce futur dispositif réside dans l’harmonisation des règles d’engagement.
« Dix-huit pays se sont engagés à fournir des forces de sécurité. Le point clé est qu’ils travaillent tous ensemble, selon les mêmes régulations », a-t-il insisté.
La lenteur du processus de constitution de cette force s’explique précisément par cette exigence de cohérence opérationnelle. Le déploiement se fera par étapes : environ 1 000 agents pourraient être envoyés dès janvier 2026, si les conditions logistiques et politiques sont réunies. La moitié des effectifs devrait être opérationnelle d’ici le 1er avril 2026, date prévue pour l’installation formelle d’un bureau des Nations unies dédié à la mission.
Une participation internationale élargie, avec un rôle clé des pays africains
La future force antigang reposera sur une contribution élargie, notamment de pays africains, déjà fortement sollicités dans les missions de maintien de la paix. Le Sri Lanka, le Bangladesh ainsi que plusieurs États d’Amérique latine ont également manifesté leur volonté de participer.
Cette diversification des contingents vise à éviter une dépendance excessive à un seul bloc régional et à renforcer la légitimité internationale de l’opération, dans un contexte haïtien marqué par une profonde méfiance envers les interventions étrangères.
Sécurité et transition politique : l’horizon des élections de 2026
Au-delà de l’urgence sécuritaire, ce nouveau dispositif s’inscrit dans une perspective politique plus large. Haïti n’a pas organisé d’élections depuis neuf ans et demeure gouverné par des autorités de transition. La restauration d’un minimum de sécurité est considérée comme un préalable indispensable à l’organisation de scrutins crédibles en 2026.
En visite récente à Port-au-Prince, Albert Ramdin a reconnu la gravité de la situation, tout en soulignant que l’État haïtien n’avait pas totalement disparu. Le simple fait que des déplacements officiels restent possibles dans la capitale est, selon lui, la preuve que les institutions tiennent encore — malgré une pression sans précédent des groupes armés.
Un test décisif pour la crédibilité internationale
Cette nouvelle force antigang représente un test majeur pour la crédibilité de la communauté internationale en Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, miné depuis des décennies par l’instabilité politique, la corruption et l’ingérence extérieure.
Si elle échoue, elle pourrait sceller un peu plus l’effondrement de l’État haïtien. Si elle réussit, elle pourrait au contraire ouvrir une fenêtre — étroite mais réelle — vers une sortie de crise durable.
La Rédaction

