En 2022, le Parlement catalan a posé un jalon symbolique : reconnaître et réhabiliter les plus de 800 femmes accusées de sorcellerie entre le XVe et le XVIIIe siècle. Trois ans plus tard, en 2025, ce n’est plus seulement une mémoire politique. C’est un souffle vivant qui traverse festivals, musées, universités et rues catalanes. La Catalogne moderne célèbre ses “sorcières” à travers la culture, la pédagogie et la créativité populaire, transformant un passé sombre en moteur de réflexion et d’art.
De la résolution historique aux manifestations culturelles
Si la résolution de 2022 reste le point de départ, c’est dans la culture contemporaine que son impact se fait sentir. Aujourd’hui, foires, festivals et reconstitutions historiques font revivre les récits des femmes persécutées.
La Foire des Sorcières de Sant Feliu Sasserra illustre parfaitement cette dynamique. Chaque année, habitants et visiteurs se plongent dans des ateliers de magie traditionnelle, des spectacles de théâtre historique et des expositions d’objets anciens. Les participants explorent la vie des guérisseuses, herboristes et sages-femmes catalanes, transformant l’histoire en expérience immersive et ludique, où mémoire et divertissement se conjuguent.
D’autres villes comme Viladrau ou Rupit organisent désormais des parcours thématiques dans leurs villages, mêlant patrimoine architectural et récits historiques pour créer une véritable promenade dans le temps.

Éducation et universités : l’histoire au service de la réflexion
L’histoire des sorcières catalanes s’invite aussi dans les salles de cours. L’Université de Barcelone et d’autres établissements universitaires organisent conférences, ateliers et colloques où les chercheurs réinterprètent ces procès à la lumière des enjeux sociaux contemporains : genre, marginalisation, justice et pouvoir.
Ces programmes éducatifs ne se contentent pas de raconter le passé. Ils proposent une lecture critique des mécanismes de persécution, invitant étudiants et citoyens à réfléchir sur les discriminations actuelles et à relier histoire et société contemporaine.
Musées et projets artistiques : la mémoire en exposition
Les musées catalans participent activement à cette réhabilitation symbolique. Depuis 2023, plusieurs expositions temporaires explorent la sorcellerie comme phénomène culturel, social et artistique.
•Des vitrines dans les musées locaux présentent des objets, gravures et manuscrits liés aux procès de sorcières, accompagnés de récits pédagogiques.
•Des programmes artistiques collaboratifs mêlent peinture, photographie et performance pour interroger la figure de la sorcière dans la société moderne, réinventant l’héritage des persécutées.
Grâce aux subventions culturelles catalanes 2025, ce type de projet se multiplie et touche désormais un public intergénérationnel.
Toponymie et mémoire urbaine : des rues qui racontent
L’un des objectifs de la résolution de 2022 était de donner aux sorcières catalanes une place dans l’espace public. En 2025, certaines communes ont déjà donné vie à cette idée. À Viladrau, par exemple, une rue porte désormais le nom d’une guérisseuse accusée de sorcellerie au XVIIe siècle. Des plaques commémoratives et itinéraires patrimoniaux émergent dans plusieurs villages, tandis que les grandes villes restent encore prudentes.
Ces initiatives transforment l’histoire en mémoire collective tangible, où chaque nom sur une rue devient un rappel que le passé persécuté peut inspirer le présent.

Un héritage vivant et universel
Ce qui distingue aujourd’hui la Catalogne, c’est la manière dont elle réinvente la mémoire. Les sorcières ne sont plus seulement des victimes historiques : elles deviennent symboles de résistance, d’émancipation et de créativité. Festivals, expositions, parcours éducatifs et artistiques font de cette histoire une source d’inspiration contemporaine et un outil pour interroger nos sociétés modernes sur le genre, la justice et la mémoire.
En 2025, la réhabilitation des sorcières catalanes dépasse largement le cadre parlementaire de 2022. Elle se vit dans les rues, les festivals, les musées et les universités. La Catalogne transforme une histoire tragique en véritable laboratoire culturel et pédagogique, offrant aux citoyens la possibilité de célébrer, questionner et apprendre à travers le récit de ces femmes persécutées.
La Rédaction

