La Guinée-Bissau, petite république d’Afrique de l’Ouest, reste tristement célèbre comme une plaque tournante du trafic de cocaïne reliant l’Amérique du Sud à l’Europe. Si les discours officiels promettent une lutte acharnée contre les cartels et la corruption, la réalité sur le terrain semble indiquer que l’État est profondément influencé par ces réseaux criminels.
La face cachée d’un État fragile
Dans ce pays, aborder le sujet du trafic de drogue est délicat et souvent risqué. Des sources locales et des experts internationaux soulignent que la frontière entre acteurs politiques, militaires et criminels est floue. Depuis plusieurs années, la Guinée-Bissau est considérée comme un point de transit majeur pour la cocaïne, et les mécanismes de contrôle étatiques apparaissent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Campagnes électorales et financement opaque
Les élections législatives et présidentielles de novembre 2025 ont été marquées par un déploiement spectaculaire : convois de véhicules de luxe, vidéos promotionnelles sur écrans géants, équipements sonores sophistiqués. Or, les candidats disposent officiellement de budgets très limités. Selon des analystes spécialisés, une partie importante de ces fonds proviendrait du trafic de cocaïne, orchestré par des intermédiaires locaux. En échange, les politiciens offriraient soutien et protection aux trafiquants, consolidant l’influence des cartels sur la sphère politique.
Un territoire stratégique pour le trafic
La position géographique de la Guinée-Bissau facilite le transit de drogues. Sa longue côte atlantique, son espace aérien faiblement contrôlé et l’archipel des Bijagós, avec ses 88 îles isolées, créent des conditions idéales pour les débarquements clandestins et les transbordements. Selon des estimations, 2 à 3 tonnes de cocaïne transiteraient chaque mois vers l’Europe, pour une valeur pouvant atteindre 210 millions d’euros. Ces flux massifs expliquent pourquoi les cartels entretiennent des liens étroits avec les forces politiques et sécuritaires locales.
Arrestations et continuité des pratiques
Depuis le début de l’année 2025, plusieurs opposants et citoyens critiques ont été arrêtés pour “compromission de la sécurité nationale”. Ces mesures laissent penser que les nouvelles autorités militaires peinent à rompre avec les anciens schémas où trafic et politique sont intimement liés. Les experts avertissent que la lutte contre les cartels est souvent instrumentalisée pour légitimer le pouvoir auprès de la communauté internationale, sans véritable transformation interne.
Les affaires qui ont marqué le pays
Le passé récent de la Guinée-Bissau illustre l’enracinement du crime organisé. L’ancien chef de la marine, Bubo Na Tchuto, et Malam Bacai Sanha Junior, surnommé “Bacaizinho”, condamné aux États-Unis pour trafic de cocaïne, sont emblématiques de l’emprise des réseaux criminels sur les institutions. Les assassinats politiques de 2009, dont ceux du président Nino Vieira et du général Tagme Na Waie, ont également été liés à ce commerce illicite, consolidant la réputation de la Guinée-Bissau comme narco-État.
Une perspective incertaine pour l’avenir
Malgré les promesses du général Horta N’Tam, le défi reste immense. La profondeur des réseaux criminels et l’ampleur des flux financiers rendent improbable un changement radical à court terme. Selon Armando Lona, coordinateur de la Frente Popular, les déclarations anti-cartels pourraient avant tout servir à rassurer la communauté internationale, tandis que les anciens schémas persistent dans les coulisses.
La Rédaction

