Tueuse d’enfants et silhouette terrifiante du Paris populaire du début du XXᵉ siècle.
Dans les ruelles de la Goutte d’Or, la misère cache des ombres plus sombres encore
Au début du XXᵉ siècle, Paris n’est pas seulement la capitale des arts et des révolutions. Dans le quartier populaire de la Goutte d’Or, la pauvreté, la promiscuité et les drames domestiques tissent un décor où certaines histoires dépassent l’horreur. C’est ici que s’élève la figure inquiétante de Jeanne Weber, une femme dont le nom reste associé à l’un des plus sinistres chapitres criminels de la Belle Époque.
Une mère brisée qui devient la figure d’un mal inimaginable
Née en 1874 en Vendée, Jeanne Weber arrive à Paris jeune, pauvre, fragile, vivant de petits travaux. Sa vie familiale est un enchaînement de drames : trois de ses enfants meurent en bas âge. Cette série de décès, d’abord attribuée à la misère et aux maladies infantiles, suscite peu de soupçons. Mais autour d’elle, d’autres enfants meurent également : neveux, nièces, jeunes gardés à domicile… toujours dans des circonstances étranges.
Plusieurs familles l’accueillent pourtant volontiers : Jeanne est discrète, affectueuse, serviable. Pourtant, derrière cette façade, une mécanique meurtrière est déjà en marche.
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Les premières morts suspectes : un schéma qui se répète
Entre 1905 et 1908, plusieurs enfants confiés à Jeanne Weber meurent soudainement. Les symptômes sont identiques : suffocation, traces légères au cou, absence de maladie préalable. À chaque drame, le même décor se répète : un court moment où Jeanne reste seule avec l’enfant… puis les cris, les voisins qui accourent, et un corps sans vie.
La médecine de l’époque peine à diagnostiquer l’étranglement subtil. Les familles, écrasées par la détresse, ne veulent pas soupçonner cette femme qu’elles connaissent. La police hésite. La justice, elle, recule.
Un procès, un acquittement… et de nouveaux crimes
En 1906, après plusieurs décès, Jeanne Weber est enfin arrêtée. L’indignation gagne une partie de la presse parisienne. Pourtant, au tribunal, elle est défendue par des médecins affirmant que les enfants étaient fragiles, victimes d’attaques ou de “congestions”. Dans un climat mêlant paternalisme judiciaire et incapacité scientifique, Jeanne Weber est acquittée.
Elle change alors de nom, travaille comme garde d’enfants en province, puis trouve refuge dans une institution. Mais partout où elle passe, la mort la suit. En 1908, un nouvel enfant succombe. Cette fois, les preuves sont irréfutables. Elle avoue partiellement. Le mythe de “l’ogresse” prend forme.
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La fin d’une trajectoire monstrueuse
Jugée irrécupérable, Jeanne Weber est internée à l’asile de Mareville, en Meurthe-et-Moselle. Elle y reste jusqu’à sa mort en 1918. L’affaire, largement commentée, devient un cas d’école pour les criminologues : une tueuse en série opérant dans le cercle familial, protégée par la misère, par le déni collectif et par les limites de la médecine légale de son époque.
Une légende noire de la criminalité française
L’histoire de Jeanne Weber éclaire un Paris populaire où les drames restaient souvent invisibles. Elle révèle aussi les failles d’un système judiciaire incapable de protéger les plus vulnérables. Un siècle plus tard, la figure de l’“ogresse de la Goutte d’Or” continue de hanter la mémoire criminelle française, rappelant que le mal se glisse parfois dans les silhouettes les plus ordinaires.
La Rédaction

