Les interfaces cerveau-ordinateur et autres dispositifs révolutionnaires soulèvent des questions inédites sur la vie privée, la liberté de pensée et le contrôle humain.
La prochaine révolution technologique pourrait se jouer… dans nos esprits. Alors que smartphones et objets connectés ont déjà transformé nos vies, les interfaces cerveau-ordinateur (ICO) et autres neurotechnologies s’apprêtent à franchir un seuil encore plus intime : celui de la pensée humaine.
L’année dernière, à Genève, un jeune Portugais atteint du locked-in syndrome a stupéfié l’auditoire lors d’une conférence de l’ONU. Paralysé et incapable de parler, il a communiqué en direct grâce à une ICO qui traduisait ses pensées en mots articulés par sa propre voix. Ce type de prouesse illustre le potentiel immense de la neurotechnologie dans le traitement des handicaps et troubles neurologiques, de Parkinson à l’épilepsie, en passant par les dépressions résistantes aux traitements.
Mais ces innovations ouvrent également un terrain glissant. Des montres, bandeaux et écouteurs capables de mesurer l’activité cérébrale, le sommeil ou les émotions se répandent rapidement, souvent sans encadrement juridique. Les données qu’ils collectent sont d’une sensibilité extrême, exposant la vie intérieure à la marchandisation et, potentiellement, à la manipulation.
« Nous entrons dans une ère où il est possible de pénétrer dans la pensée elle-même », alerte Dafna Feinholz, cheffe par intérim de la section Recherche, éthique et inclusion à l’UNESCO. « Le profilage numérique n’est plus seulement comportemental : il devient neuronal. Il est crucial que les utilisateurs sachent qu’ils ont le droit de refuser ou de cesser d’utiliser ces technologies ».
Face à ces enjeux, l’ONU a pris les devants. Mercredi, à Samarcande, les États membres de l’UNESCO ont adopté une Recommandation sur l’éthique des neurotechnologies. Ce texte non contraignant définit des principes directeurs pour protéger la dignité humaine, la liberté de pensée et les droits fondamentaux, tout en incitant les États à créer des cadres juridiques de responsabilité, de surveillance des usages et d’évaluation des impacts.
Pour Mme Feinholz, le message est clair : « L’humain doit rester dans la boucle. La technologie ne doit jamais agir sans contrôle. Comme pour tout service ou produit, il doit exister une chaîne de responsabilité identifiable. La sécurité et la transparence ne sont pas des options, elles sont impératives ».
À mesure que les neurotechnologies s’installent dans nos vies, l’ONU rappelle que cette révolution, aussi prometteuse soit-elle, doit être guidée par l’éthique et le respect des droits humains. La question n’est plus seulement ce que la technologie peut faire, mais ce que l’humanité est prête à lui permettre.
La Rédaction
Source : ONU / UNESCO

