Albert Spaggiari ou l’art du cambriolage sans violence
En juillet 1976, la France découvre stupéfaite le « casse du siècle ». En plein cœur de Nice, un commando de malfaiteurs s’introduit dans les coffres de la Société Générale après avoir creusé un tunnel depuis les égouts. À leur tête : Albert Spaggiari, photographe, ancien parachutiste, et cerveau d’une opération aussi ingénieuse qu’audacieuse. Le butin, estimé à plus de 50 millions de francs, ne sera jamais retrouvé.
Une opération d’orfèvre
Le plan d’Albert Spaggiari relève d’une précision militaire. Durant plusieurs mois, il repère les lieux, étudie les accès, et recrute une équipe triée sur le volet. En utilisant les galeries d’égouts, les cambrioleurs percent un tunnel de huit mètres menant directement à la salle des coffres. Le week-end du 16 juillet 1976, profitant de la fermeture de la banque, ils passent trois jours entiers à forcer les coffres-forts sans qu’aucune alarme ne se déclenche.
Sur le mur, avant de repartir, Spaggiari laisse une phrase passée à la postérité :
« Sans armes, ni haine, ni violence. »
Le coup de théâtre judiciaire
Quelques mois plus tard, la police finit par identifier Spaggiari grâce à un informateur. Arrêté, il nie puis finit par revendiquer son « œuvre ». Lors de son procès en 1977, il orchestre l’un des coups les plus inattendus de l’histoire judiciaire : il s’évade par la fenêtre du bureau du juge, bondissant sur une moto qui l’attendait dehors.
Il s’envolera ensuite pour l’Amérique du Sud, où il vivra sous différentes identités, avant de mourir en cavale, sans jamais avoir révélé l’emplacement du butin.
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L’écho d’un génie du crime
Albert Spaggiari fascine autant qu’il divise. Pour certains, il reste un Robin des Bois moderne, dénonçant la cupidité du système bancaire. Pour d’autres, il incarne le cynisme et la manipulation. Son casse, cependant, marque un tournant dans l’imaginaire collectif : l’alliance du crime, du panache et de la mise en scène médiatique.
Le « casse du siècle » inspirera de nombreux films, livres et documentaires, faisant d’Albert Spaggiari une figure éternelle de la criminalité « à la française ».
Entre mythe et mémoire
Près d’un demi-siècle après les faits, l’histoire du braquage de la Société Générale de Nice continue de fasciner. Elle révèle une époque où la ruse et l’audace semblaient pouvoir défier la loi sans effusion de sang.
Dans la mémoire collective, le nom de Spaggiari reste associé à l’idée d’un crime élégant, d’une France romanesque où le cambriolage devient presque un art.
La Rédaction
Sources :
• Spaggiari, Albert. Le casse de la Société Générale. Éditions du Rocher, 1977.
• Tournier, Jean-Pierre. Les grands braquages du XXᵉ siècle. Éditions Perrin, 2003.
• Documentaire : Le casse du siècle à Nice, Arte, 2016.
• Film inspiré : Les égouts du paradis (1979), réalisé par José Giovanni.
• Articles de presse historiques : Le Monde, archives 1976 sur le casse de Nice.

