Symbole d’une revanche sociale et historique, une partie de l’ancien empire du narcotrafiquant Pablo Escobar est désormais entre les mains de femmes victimes du conflit armé colombien. L’État a choisi d’en faire un instrument de justice agraire et de réparation.
De l’empire de la cocaïne à la terre nourricière
Dans les années 1980, la Hacienda Nápoles, située dans le département d’Antioquia, représentait l’extravagance du narcotrafiquant Pablo Escobar. Entre zoo privé, pistes d’atterrissage et demeures luxueuses, ce vaste domaine était le symbole d’une puissance criminelle qui avait défié l’État.
Aujourd’hui, une autre histoire s’écrit sur ces terres : celle de la reconstruction.
Sous l’impulsion du président Gustavo Petro, la Colombie a lancé un programme de réforme agrairedestiné à restituer des terres à celles et ceux qui ont souffert du conflit armé. C’est dans ce cadre que 120 hectares de l’ancienne propriété d’Escobar ont été remis à un groupe de femmes agricultrices victimes de la guerre interne.
Un geste fort envers la justice sociale
Ces bénéficiaires avaient déjà tenté d’occuper légalement ces terrains en 2017, avec l’appui de la municipalité de Puerto Triunfo. Mais elles avaient été expulsées par la police. Huit ans plus tard, leur lutte trouve enfin une issue : elles peuvent désormais cultiver en toute légalité une partie de ce domaine chargé d’histoire et de douleur.
« C’est une manière de transformer la terre du crime en terre de vie », a déclaré l’une des bénéficiaires, évoquant une réparation autant symbolique qu’économique. Pour beaucoup, ce transfert incarne la volonté du gouvernement de rompre avec l’héritage violent des années Escobar.
Entre mémoire et controverse
Le domaine n’est pas exempt de tensions. Une partie de la Hacienda Nápoles a été transformée en parc à thème touristique, avec hôtel, musée et zoo. Des entrepreneurs locaux s’inquiètent des conséquences économiques de cette redistribution sur l’activité touristique.
Mais le gouvernement insiste : la restitution ne vise pas à effacer la mémoire, mais à redonner du sens à la terre et à la réconcilier avec son peuple.
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus large de restitution foncière voulue par Petro, qui ambitionne de réattribuer trois millions d’hectares d’ici 2030 à des paysans et des victimes du conflit, pour réduire les inégalités rurales et apaiser les tensions sociales.
Un symbole de réparation nationale
Transformer l’un des lieux les plus emblématiques du narcotrafic en terre de culture vivrière, c’est un geste de portée universelle. Là où régnaient l’argent sale et la peur, renaissent aujourd’hui la solidarité, la dignité et l’espérance.
En Colombie, la terre d’Escobar ne nourrit plus les cartels : elle nourrit à présent des familles.
La Rédaction

