À un mois d’un scrutin décisif, le Cameroun reste hanté par les séquelles d’une répression qui a marqué durablement son histoire politique récente. Cinq ans après les manifestations du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), 36 militants demeurent enfermés dans la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, malgré des appels répétés à leur libération.
Une répression qui a laissé des cicatrices
Le 22 septembre 2020, des milliers de Camerounais étaient descendus dans les rues pour réclamer des réformes démocratiques. La riposte des autorités fut brutale : plus de 500 arrestations, des procès expédiés devant les tribunaux militaires et des peines allant jusqu’à sept ans de prison. Parmi les détenus, deux figures de l’opposition, Alain Fogué et Olivier Bibou Nissack, condamnés pour « rébellion » et « tentative d’insurrection ».
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Pour Amnesty International, cette sévérité relève de la punition politique. L’organisation rappelle que manifester pacifiquement n’est pas un crime, mais un droit garanti par les traités internationaux auxquels le Cameroun a souscrit.
Des recours bloqués, une justice paralysée
Depuis 2022, une trentaine d’appels ont été déposés devant la Cour suprême. Aucun n’a encore été examiné. « Ces délais interminables donnent l’impression que la justice attend que les peines soient purgées pour éviter de se prononcer », déplore Me Hippolyte Meli Tiakouang, avocat des détenus. L’un d’eux, victime de plusieurs AVC, n’a même pas obtenu de libération médicale.
En 2022, un groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire avait pourtant conclu au caractère illégal de plusieurs condamnations. Mais rien n’a changé depuis.
Une campagne électorale sous haute surveillance
À quelques semaines de l’élection présidentielle du 12 octobre, l’atmosphère est tendue. Paul Biya, 92 ans et déjà 43 années au pouvoir, vise un huitième mandat face à onze adversaires. Mais l’espace civique se rétrécit.
Début août, 54 militants du MRC ont été interpellés près du Conseil constitutionnel, puis relâchés sous caution. Vingt-trois d’entre eux restent poursuivis pour « incitation à la révolte ». Quelques jours plus tard, un citoyen ayant appelé sur les réseaux sociaux à manifester contre l’invalidation de la candidature de Maurice Kamto a été arrêté et placé en détention préventive par un tribunal militaire.
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La peur d’une démocratie sous verrou
Pour les organisations de défense des droits humains, la répétition des arrestations arbitraires traduit une volonté de bâillonner toute contestation. « Au Cameroun, quiconque critique le pouvoir – qu’il soit militant, journaliste ou simple citoyen – prend le risque d’être emprisonné, torturé et jugé par une juridiction militaire », alerte Amnesty International.
Alors que les regards se tournent vers les urnes, une question persiste : comment un pays peut-il espérer un scrutin crédible si des dizaines d’opposants demeurent derrière les barreaux pour avoir exercé leurs libertés fondamentales ?
La Rédaction

