Le monastère Sainte-Catherine, datant du VIe siècle et situé au pied du mont Sinaï, est le plus ancien monastère chrétien au monde encore utilisé en continu. Ce lieu sacré, vénéré par les chrétiens, juifs et musulmans, est aujourd’hui au cœur d’une controverse majeure en Égypte.
Connu localement sous le nom de Jabal Musa, le mont Sinaï est réputé comme l’endroit où Moïse aurait reçu les Dix Commandements et où Dieu se serait manifesté au prophète depuis le buisson ardent. Pendant des décennies, des pèlerins et touristes parcouraient la région accompagnés de guides bédouins pour découvrir son paysage montagneux préservé.
Aujourd’hui, la plaine d’el-Raha et ses environs sont en cours de transformation pour accueillir un méga-projet touristique, incluant hôtels de luxe, villas et bazars. Ce développement, appelé la Grande Transfiguration, est promu par le gouvernement égyptien comme un « cadeau au monde » visant à stimuler le tourisme et moderniser la ville de Sainte-Catherine. Il comprend également l’agrandissement de l’aéroport local et la construction d’un téléphérique vers le mont Moïse.
Cependant, la communauté bédouine locale, la tribu Jebeleya, est directement touchée. Des maisons et éco-camps ont été détruits, parfois sans compensation, et même le cimetière local a été déplacé pour construire un parking. Selon Ben Hoffler, écrivain de voyage britannique, « ce développement est imposé d’en haut, au détriment des habitants originels ».
La décision judiciaire égyptienne de 2025, déclarant que le monastère n’a droit qu’au terrain qu’il occupe, a suscité l’indignation de l’Église grecque orthodoxe. L’archevêque d’Athènes, Ieronymos II, a dénoncé la mesure comme une « menace existentielle » pour ce site spirituel. Le Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem rappelle que Sainte-Catherine est « un sanctuaire de paix entre chrétiens et musulmans ».
Malgré la controverse, les travaux se poursuivent partiellement et la plaine d’el-Raha est déjà transformée. L’Unesco et des organisations comme World Heritage Watch ont exprimé leur inquiétude et demandé la suspension des constructions, soulignant l’importance universelle du paysage naturel et du patrimoine religieux du site.
Le gouvernement égyptien insiste sur la nécessité économique de ces projets, visant à attirer 30 millions de visiteurs d’ici 2028 et à revitaliser le tourisme post-pandémie. Mais les critiques avertissent que la modernisation pourrait effacer le caractère unique et sacré de Sainte-Catherine, ainsi que les modes de vie traditionnels des Bédouins.
Le monastère et sa montagne sacrée restent un trésor spirituel, mais leur avenir est désormais lié à un dilemme entre développement économique et préservation du patrimoine religieux et culturel mondial.
La Rédaction
Sources :
• BBC News, « Egypt’s St Catherine’s Monastery under threat from luxury tourism project », 2025
• UNESCO World Heritage Centre, « Saint Catherine Area », 2023
• World Heritage Watch, Lettre ouverte au Comité du patrimoine mondial, 2025
• The National, « Bedouins displaced as Egypt plans luxury resorts at St Catherine », 2024

