Lomé, 26 août 2025 – Le Conseil National des Arts et de la Culture du Togo (CNAC-TOGO), qui regroupe quatorze fédérations d’artistes et d’organisations culturelles, a présenté ce mardi son cadre et ses missions lors d’une conférence de presse organisée à Dényigba Culture. L’événement avait pour double objectif de faire connaître cette instance fédérative et de sensibiliser les autorités publiques sur les principaux défis auxquels fait face le secteur culturel.
Un cadre fédérateur et consultatif

Créé en 2020 et formalisé en 2024, le CNAC-TOGO est l’organe représentatif et consultatif des acteurs des arts et de la culture. Il rassemble les présidents et représentants dûment mandatés des quatorze organisations fédératrices légalement constituées et actives.
Sa mission est de structurer, promouvoir et défendre le secteur culturel, afin qu’il contribue pleinement au développement économique, social et identitaire du pays.
Le CNAC se fixe trois objectifs :
• Favoriser la concertation et la coordination entre organisations culturelles,
• Défendre les intérêts communs des acteurs culturels,
• Proposer et soutenir des actions collectives pour la promotion et la valorisation des arts et de la culture.
L’organisation est structurée autour du Collège des présidents, qui se réunit tous les deux mois, d’un Coordinateur général (actuellement Ariel Dassanou), et d’un Secrétariat permanent dirigé par Komla Mawufemo Jeannot Tsonya, assisté d’Adadjo-Binder Yawo Espoir.
Trois préoccupations majeures

Au cours de la conférence, le CNAC-TOGO a insisté sur trois enjeux essentiels qui freinent aujourd’hui le développement culturel au Togo :
1. Le Fonds National de Promotion Culturelle (FNPC)
Créé à la suite des réformes institutionnelles pour remplacer l’ancien Fonds d’Aide à la Culture (FAC), est un outil stratégique destiné à soutenir le dynamisme du secteur artistique et culturel togolais. Conçu comme un mécanisme de financement pérenne, il devait jouer un rôle majeur dans l’accompagnement des projets artistiques, le renforcement des structures culturelles et la mise en œuvre d’initiatives collectives contribuant au rayonnement du pays. Cependant, plus de trois ans après sa création, ce fonds demeure totalement inactif. Les causes de cette situation sont doubles : l’absence de nomination d’un directeur chargé de sa gestion et la non-mise en place du Conseil d’Administration, pourtant indispensable à son fonctionnement. Le CNAC-TOGO rappelle que la liste des représentants du secteur culturel devant y siéger a été transmise depuis longtemps à l’autorité de tutelle, et que des échanges ont eu lieu avec le ministère concerné, sans aboutir à des résultats concrets.Ce blocage prive les artistes d’un levier essentiel. Sans le FNPC, de nombreuses initiatives restent en suspens, faute de financement, et les structures culturelles peinent à fonctionner. Le CNAC appelle donc à l’opérationnalisation urgente du Fonds, condition sine qua non pour relancer la dynamique créative et offrir au secteur culturel togolais les moyens de son développement.

2. La rémunération pour copie privée
La rémunération pour copie privée est un droit consacré par la Directive n°07/2023/CM/UEMOA du 22 septembre 2023, qui vise à compenser équitablement les auteurs, artistes interprètes, producteurs et éditeurs pour l’utilisation privée de leurs œuvres. Dans un contexte où les technologies numériques permettent une reproduction massive et facile des contenus culturels (musiques, films, livres, œuvres visuelles), ce mécanisme constitue une ressource indispensable pour les créateurs, en leur garantissant une compensation financière légitime face au manque à gagner sur les ventes et exploitations commerciales. Conformément à la directive, les États membres de l’UEMOA disposent d’un délai de deux ans pour transposer ce dispositif dans leur droit national. Or, à moins d’un mois de l’expiration de ce délai, le Togo n’a toujours pas procédé à cette transposition, exposant ainsi ses créateurs à une perte importante de revenus et freinant la mise en place d’un cadre juridique harmonisé au niveau régional. Le CNAC-TOGO appelle donc les autorités compétentes à accélérer ce processus afin que les artistes togolais bénéficient de ce droit, déjà en vigueur dans d’autres pays de l’Union. Sa mise en œuvre rapide permettrait non seulement de renforcer la protection des créateurs, mais aussi de donner au secteur culturel une nouvelle source de financement pour ses projets.

3. La réforme de la loi sur le droit d’auteur et les droits voisins
La loi actuellement en vigueur au Togo sur le droit d’auteur et les droits voisins, adoptée en 1991, apparaît aujourd’hui largement dépassée face aux évolutions technologiques et aux mutations du secteur culturel. À l’ère du numérique, de la diffusion internationale instantanée des œuvres et de l’essor de nouveaux modèles économiques (plateformes de streaming, réseaux sociaux, reproduction numérique), la législation existante ne protège plus efficacement les créateurs. Une réforme a été préparée et soumise au Parlement avant l’instauration de la Cinquième République. Elle devait permettre d’adapter le cadre juridique aux standards internationaux, de renforcer la protection des droits patrimoniaux et moraux des artistes, et de sécuriser les investissements dans l’industrie culturelle. Malheureusement, cette réforme est restée sans suite et semble aujourd’hui « bloquée dans les tiroirs ». Pour le CNAC-TOGO, il est urgent que cette nouvelle loi soit adoptée et promulguée. Elle constitue un instrument essentiel pour assurer aux créateurs togolais une protection moderne, adaptée aux réalités actuelles, et pour permettre au Togo de se positionner comme un pays respectueux des normes internationales en matière de propriété intellectuelle. Sa validation renforcerait la confiance des artistes, stimulerait la créativité et attirerait de nouveaux partenariats culturels.
Un appel à l’action collective

Face à ces enjeux majeurs, le CNAC-TOGO rappelle que le secteur des arts et de la culture ne peut se développer durablement sans une mobilisation collective et coordonnée de tous les acteurs : artistes, fédérations, institutions publiques, partenaires techniques et financiers, mais aussi le grand public. La culture n’est pas seulement un domaine de divertissement, elle constitue un levier essentiel d’identité, de cohésion sociale et de rayonnement international. Elle est aussi un moteur économique qui peut créer des emplois, attirer des investissements et contribuer à la croissance nationale.
Le CNAC-TOGO invite ainsi les autorités publiques à prendre la pleine mesure de ce potentiel et à mettre en place les réformes attendues, mais il appelle également les acteurs culturels eux-mêmes à renforcer leur solidarité et leur collaboration. L’union des forces, la mutualisation des expériences et la concertation permanente doivent être au cœur de l’action collective pour surmonter les difficultés et bâtir une industrie culturelle solide et compétitive.
Cet appel à l’action dépasse les seuls cercles institutionnels : il s’adresse aussi à la société civile, au secteur privé et aux citoyens, car chacun a un rôle à jouer dans la valorisation et la transmission du patrimoine culturel. En plaçant la culture au centre des priorités, le Togo peut affirmer sa singularité, consolider sa cohésion et s’ouvrir davantage au monde.
Richard Laté Lawson-Body

