À l’occasion de la troisième Conférence des Nations Unies sur les pays en développement sans littoral (LLDC3), les pays enclavés ont décidé de franchir un cap historique : former un nouveau bloc de négociation climatique. Objectif : faire entendre leur voix au sein des instances internationales et adapter plus efficacement leurs territoires aux catastrophes climatiques.
Une vulnérabilité climatique disproportionnée
Bien qu’ils ne représentent que 12 % de la superficie terrestre mondiale, ces pays ont subi 20 % des sécheresses et glissements de terrain au cours de la dernière décennie. Leur dépendance aux pays de transit les rend particulièrement sensibles aux perturbations climatiques, économiques et géopolitiques.
Le Programme d’action d’Avaza : une nouvelle stratégie
Le Programme d’action d’Avaza, adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2024, marque un tournant : pour la première fois, un plan onusien pour les pays enclavés met la priorité sur l’adaptation climatique et la résilience.
Natalia Alonso Cano, cheffe du Bureau régional pour l’Europe et l’Asie centrale de l’UNDRR, rappelle que ces pays subissent des pertes économiques trois fois supérieures à la moyenne mondiale lors de catastrophes. Leur territoire est souvent aride, montagneux, voire sismique, ce qui complexifie la prévention.
« Les systèmes d’alerte précoce sauvent des vies, mais encore faut-il que les populations aient les moyens d’agir », a-t-elle précisé.
Faibles capacités, instabilité persistante
En 2024, un tiers des pays enclavés étaient en situation de conflit ou d’instabilité. La majorité dépend d’économies peu diversifiées et à forte dominante extractive. Le programme onusien veut renforcer les capacités locales, améliorer la préparation aux catastrophes, et soutenir la transition économique.
Genre et climat : les femmes en première ligne
La question du genre a occupé une place centrale lors du Forum des femmes leaders tenu en marge de la Conférence. Selon Rabab Fatima, Haute-Représentante de l’ONU, une femme sur quatre dans ces pays vit dans l’extrême pauvreté. Les inégalités sont flagrantes : 80 % des femmes travaillent dans l’informel, une sur trois se marie avant 18 ans, et seules 36 % ont accès à Internet.
« Le développement durable ne sera jamais atteint sans la pleine participation des femmes et des filles », a insisté Mme Fatima.
L’éducation numérique au cœur des priorités
Le Dr Cosmas Luckysin Zavazava, de l’Union internationale des télécommunications, a souligné l’importance des compétences numériques : « L’accès à Internet ne suffit pas. Il faut former les filles à la robotique, au codage, et aux carrières dans les STIM ».
Des programmes ciblés sont déjà en cours pour combler ces lacunes, notamment dans les pays enclavés d’Afrique et d’Asie centrale.
Une coalition climatique aux ambitions claires
Alors que la conférence s’achève, le nouveau bloc climatique des pays enclavés entend peser dans les négociations à venir sous l’égide de la CCNUCC. La priorité est claire : résilience, équité, action.
« Que ce forum soit un tournant décisif », a déclaré Mme Fatima, appelant à une mise en œuvre rapide du Programme d’action d’Avaza.
La Rédaction

