Cinquante ans après la signature des accords d’Helsinki, l’heure est à la réflexion. Le 1er août 1975, 35 États des deux blocs de la guerre froide posaient les bases d’un ordre international fondé sur la sécurité collective, la souveraineté des États et le respect des droits de l’homme. Aujourd’hui, dans un monde en recomposition, cet héritage est sérieusement mis à l’épreuve.
L’appel du pape Léon XIV à « persévérer dans le dialogue »
Pour marquer cet anniversaire historique, le pape Léon XIV a exhorté la communauté internationale à « préserver l’esprit d’Helsinki », via un message publié sur son compte X. Il appelle à « renforcer la coopération » et à faire de la diplomatie « le moyen privilégié pour prévenir et résoudre les conflits ». Ce message a résonné en Finlande, pays hôte d’une conférence internationale organisée le 31 juillet, où le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sont intervenus pour réaffirmer la centralité du droit international face aux agressions armées.
Un socle fragilisé par la guerre en Ukraine
L’Acte final d’Helsinki établissait des principes fondamentaux : inviolabilité des frontières, règlement pacifique des différends, respect des droits de l’homme. Ces piliers sont aujourd’hui sérieusement ébranlés. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 remet en cause le cadre même que les accords visaient à consolider. Dans ce contexte, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), fondée en 1995 comme prolongement de l’esprit d’Helsinki, est à la croisée des chemins.
L’OSCE, entre paralysie institutionnelle et pertinence diplomatique
L’OSCE, qui regroupe aujourd’hui 57 États, est devenue un acteur essentiel de la prévention des conflits et de la surveillance électorale. Pourtant, son efficacité est aujourd’hui remise en question. La Russie, bien qu’ayant quitté l’Assemblée parlementaire de l’organisation en 2023, reste membre à part entière. Antonio Stango, président de la Fédération italienne des droits de l’homme, déplore que Moscou bloque régulièrement le fonctionnement interne de l’organisation, en s’opposant à l’adoption de budgets ou à des missions critiques.
Réhabiliter l’esprit d’Helsinki à l’épreuve du temps
Pour de nombreux observateurs, l’esprit d’Helsinki n’est pas mort, mais il doit être réactualisé. Selon Antonio Stango, la confiance entre les États ne peut exister sans le respect des droits fondamentaux de leurs citoyens et des engagements internationaux. C’est ce manque de confiance – provoqué par les agressions armées, les violations territoriales et les guerres prolongées – qui paralyse aujourd’hui les mécanismes multilatéraux.
Repenser la diplomatie européenne
Les discussions lors de la conférence de Helsinki ont aussi porté sur la refonte de l’OSCE, le renforcement des capacités défensives de l’Ukraine, la réforme du système de sécurité européen et la pression diplomatique accrue sur Moscou. L’Italie, par la voix de plusieurs intellectuels et diplomates, a aussi suggéré un élargissement du cadre géopolitique de réflexion, notamment vers la Méditerranée et les pays du Sud global, conformément aux intuitions d’Aldo Moro dans les années 1970.
Que reste-t-il des accords d’Helsinki ?
L’Acte final de 1975 a résisté à la fin de la guerre froide, à la chute du mur de Berlin, à l’éclatement de l’URSS, à la désintégration de la Yougoslavie. Mais en 2025, ce n’est pas tant sa pertinence qui est remise en cause que sa mise en œuvre. Le texte demeure un socle juridique et politique. C’est l’engagement à le respecter qui s’effrite. C’est pourquoi l’appel du pape Léon XIV résonne comme un rappel éthique : la paix ne peut reposer que sur un dialogue franc, des règles communes et une confiance réciproque à reconstruire.
La Rédaction

