Alors que Kinshasa multiplie les initiatives diplomatiques pour résoudre la crise sécuritaire dans l’est du pays, une voix autrefois centrale refait surface : Joseph Kabila. L’ancien président, désormais dépourvu d’immunité parlementaire, se positionne ouvertement contre une partie des accords en discussion — notamment sur le volet minier — et entend bien rester un acteur politique clé, en marge mais jamais loin du centre.
Deux scènes, un même enjeu
Le premier acte s’est joué à Washington, où Kinshasa et Kigali ont conclu un accord bilatéral sous médiation américaine. L’objectif : poser les bases d’une désescalade et organiser le retour des déplacés dans les zones affectées par les violences. Le second acte, à Doha, a vu la signature d’une déclaration de principes entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23, réunis sous la bannière de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), avec l’appui du Qatar.
Ces deux initiatives semblent traduire une volonté de Kinshasa de diversifier ses partenariats diplomatiques tout en maintenant une ligne dure sur le terrain. Mais dans l’ombre de cette diplomatie offensive, Joseph Kabila marque sa différence. Présent à Goma depuis plusieurs semaines, il a discrètement organisé des consultations avec divers acteurs locaux.
Une opposition ciblée au volet minier
Le point de rupture est clair : le volet minier de l’accord américano-congolais. Selon l’entourage de l’ex-président, certaines clauses porteraient atteinte à la souveraineté économique du pays, en particulier dans les provinces riches en ressources de l’Est. C’est sur ce terrain que Joseph Kabila choisit de se distinguer.
Ce positionnement ne relève pas d’une simple critique. Il s’inscrit dans une stratégie politique calculée, fondée sur une base régionale solide dans le Kivu, et un discours souverainiste à l’opposé des concessions que Kinshasa semble prêt à faire pour obtenir la paix.
Un retour déguisé ?
Officiellement, l’ancien chef de l’État ne vise pas un retour au pouvoir. Ses proches insistent : Kabila souhaite participer au dialogue national en cours de préparation, porté conjointement par l’Église catholique et l’Église protestante, pour faire entendre certaines revendications oubliées, notamment en matière de gouvernance, de sécurité et de gestion des ressources.
Mais les signes d’un retour stratégique sont là : des consultations régionales, un document politique en attente de publication, une conférence de presse reportée, et surtout une mission de lobbying menée à Washington par Kikaya Bin Karubi, fidèle conseiller de l’ancien président.
Une partition parallèle à celle de Tshisekedi
Dans un contexte où les États-Unis insistent sur une « gouvernance inclusive », Kabila semble vouloir jouer sa propre partition. La porte-parole du Département d’État américain, Tammy Bruce, a rappelé la nécessité de permettre aux déplacés de rentrer chez eux dans un climat stable et équitable, une position qui entre en résonance avec les critiques formulées par Kabila à l’encontre du pouvoir central.
Il n’est donc pas surprenant que Joseph Kabila ne se retire pas de la scène politique. Malgré la perte de son immunité, les poursuites engagées à son encontre et son retrait institutionnel depuis 2019, il demeure une figure incontournable de l’équation congolaise.
Une équation à plusieurs inconnues
Reste une question : que cherche réellement Kabila ?
Si le retour au pouvoir semble peu probable à court terme, l’ancien président mise sur l’instabilité actuelle pour redevenir un interlocuteur incontournable. Entre Washington et Doha, sa ligne est claire : défendre une lecture nationale, sinon nationaliste, des intérêts congolais, face à une diplomatie perçue comme trop conciliante.
Kabila observe, parle peu, mais agit à sa manière. Et dans un paysage politique où les alliances se font et se défont au gré des accords internationaux, sa capacité à incarner un contre-pouvoir régional — voire une alternative nationale — pourrait bien rebattre les cartes.

