Le parquet de Lomé engage des poursuites après la découverte de cinq corps dans des cours d’eau, sur fond de tensions politiques croissantes.
Lomé, 9 juillet 2025. Dans un climat encore marqué par les secousses des manifestations de fin juin, le parquet de Lomé a annoncé ce lundi l’ouverture officielle d’une enquête judiciaire contre X pour faire la lumière sur la mort de cinq personnes dont les corps ont été découverts dans deux plans d’eau de la capitale togolaise.
Les dépouilles ont été repêchées dans le quatrième lac d’Akodésséwa et dans la lagune de Bè, deux zones périphériques de Lomé, en marge des manifestations qui ont agité le pays du 26 au 28 juin. Si les circonstances exactes de leur décès demeurent floues, plusieurs éléments laissent penser à un lien direct avec la répression des rassemblements antigouvernementaux.
« Les autopsies préliminaires suggèrent des noyades, mais nous attendons les résultats toxicologiques et l’identification formelle », a déclaré le procureur Talaka Mawama, ajoutant que les investigations visent à établir les responsabilités sans parti pris.
Des manifestations violemment réprimées
Durant les trois jours de mobilisation, des milliers de Togolais ont protesté contre les arrestations d’opposants, les réformes institutionnelles controversées et la restriction des libertés publiques. En réponse, les forces de l’ordre ont procédé à 114 interpellations, dont 87 ont été relâchées, 18 condamnées à un an de prison avec sursis, tandis que 9 dossiers sont encore entre les mains de la justice.
Des témoignages recueillis par des organisations de défense des droits humains évoquent des violences disproportionnées, des arrestations arbitraires et la présence de miliciens civils en appui aux forces régulières. Dans ce contexte, la découverte des corps a soulevé une vive émotion et relancé les appels à la transparence.
Pressions nationales et internationales
L’ouverture de l’enquête intervient après une série d’interpellations de la part de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et d’ONG comme Amnesty International, qui réclament des investigations indépendantes. « Les autorités doivent garantir que les enquêtes seront impartiales, et surtout, que les familles des victimes obtiendront justice », a souligné un communiqué d’Amnesty.
Du côté de l’opposition, le Mouvement du 6 Juin (M66) a salué l’annonce judiciaire tout en maintenant la pression pour qu’aucune impunité ne soit tolérée. Les familles des victimes, elles, réclament que la lumière soit faite sur les conditions dans lesquelles leurs proches ont été retrouvés sans vie.
Une affaire hautement politique
Cette affaire s’inscrit dans un climat déjà chargé à la veille des élections municipales prévues le 10 juillet. Pour de nombreux observateurs, elle pourrait redistribuer les cartes du rapport entre société civile, institutions et pouvoir exécutif. Les autorités, de leur côté, insistent sur la nécessité d’attendre les conclusions officielles avant toute mise en cause.
L’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces morts tragiques constitue un tournant délicat pour les autorités togolaises. Dans un pays où les institutions judiciaires sont souvent perçues comme sous influence, la crédibilité de cette procédure sera jugée à l’aune de sa rigueur, de son indépendance et de sa capacité à répondre aux attentes d’une population en quête de vérité.
La Rédaction

