À N’Djaména, un demi-siècle de jours de détention. Et une résistance féminine qui ne faiblit pas.
Au lendemain de la suspension de la grève de la faim de Succès Masra, détenu depuis 50 jours, des militantes du parti Les Transformateurs ont investi le siège du mouvement pour un rassemblement baptisé « Balcon de l’Espoir », dénonçant avec force un « procès politique » et appelant à la libération immédiate de leur leader.
Sous la bannière d’une mobilisation féminine sans précédent, plusieurs dizaines de femmes, emmenées par Claudia Hoinaty, vice-présidente chargée de l’engagement féminin, ont fait entendre leur voix à N’Djaména. Dans une déclaration publique, elles ont dénoncé la détention « arbitraire » de l’ancien Premier ministre, accusé selon elles sans preuves tangibles.
« Ce n’est pas un crime qu’on juge, c’est une voix qu’on tente d’éteindre », a affirmé Mme Hoinaty, pointant du doigt un « procès de la honte républicaine ».
Une grève de la faim aux conséquences inquiétantes
Succès Masra avait entamé une grève de la faim totale, sans eau ni soins médicaux, pour protester contre ce qu’il décrit comme « une justice aux ordres » et exprimer sa solidarité avec les populations tchadiennes. Il y a mis fin le 30 juin, sur avis médical, après une consultation d’urgence dans un contexte de détention jugée austère.
Dans une lettre datée du 24 juin, transmise depuis sa cellule, le président des Transformateurs évoquait « une prison qui reflète les chaînes invisibles imposées à tout un peuple », appelant à une mobilisation pacifique pour « l’émancipation collective ».
Offensive judiciaire et tension politique
Sur le plan juridique, la défense de Masra dénonce une arrestation entachée d’irrégularités : absence de mandat, prolongation abusive de garde à vue, perquisitions illégales et documents falsifiés. Le 19 juin, la chambre d’accusation a rejeté les recours des avocats, décision qualifiée de « dénégation de justice » par le collectif de défense.
« Nous restons confiants dans la suite de la procédure, notamment lors de la confrontation avec le juge d’instruction », a assuré Me Francis Kadjilembaye, porte-parole des avocats.
Les femmes au cœur du combat
Cette mobilisation féminine a marqué les esprits par des gestes symboliques forts, y compris des actions de protestation corporelle, dans une culture tchadienne où de tels actes renvoient à des formes extrêmes de désapprobation sociale. La mère de Succès Masra elle-même s’est jointe au mouvement, conférant à cette mobilisation une portée familiale et nationale.
Face à cette vague de soutien, les avocats exhortent les militants à « demeurer disciplinés et déterminés », tout en réaffirmant leur attachement au respect de l’État de droit.
La Rédaction

