Le projet de ville inspirée de Wakanda, lancé en grande pompe par le chanteur Akon en 2020, est désormais officiellement abandonné par le gouvernement sénégalais.
Le rideau est tombé sur l’un des projets les plus spectaculaires — et controversés — de la décennie en Afrique de l’Ouest. Annoncée comme la première cité futuriste africaine alimentée par les énergies renouvelables et une cryptomonnaie dédiée, Akon City, d’un coût prévisionnel de 6 milliards de dollars, ne verra pas le jour. C’est la BBC qui a révélé ce 5 juillet 2025 que les autorités sénégalaises ont mis un terme au partenariat, citant le manque de financement et l’arrêt prolongé des travaux.
Un rêve sur le littoral atlantique
Situé à Mbodiène, un village côtier à 100 kilomètres de Dakar, le projet devait s’étendre sur 136 hectares et transformer la région en un hub ultramoderne. Centres de santé, campus, hôtels, parcs solaires et gratte-ciel à l’architecture organique : tout devait incarner un futur panafricain, inspiré de l’esthétique du Wakanda, le royaume fictif de Black Panther.
Mais sur le terrain, seule l’ossature rouillée d’un centre d’accueil témoigne d’un chantier jamais vraiment commencé. « On nous avait promis de l’emploi et du progrès. Au lieu de cela, rien n’a changé », a confié un habitant à la BBC.
Un dernier ultimatum sans réponse
L’abandon du projet survient après une série d’ultimatums émis par la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO), qui avait prévenu dès juin 2024 qu’elle reprendrait 90 % des terres si les travaux n’étaient pas engagés. Akon n’a pas respecté ses engagements financiers ni opérationnels. L’État sénégalais a donc décidé de rompre avec ce projet jugé « irréaliste ».
La chute d’Akoin, la monnaie de la ville
Au cœur du projet figurait Akoin, une cryptomonnaie censée être la colonne vertébrale de l’économie locale. Lancée en 2020 à 0,15 dollar, elle a sombré à 0,003 dollar en 2024, emportée par la chute générale du marché des cryptomonnaies et une gouvernance jugée opaque.
Akon lui-même a reconnu ses erreurs : « Ce n’était pas géré – j’en assume l’entière responsabilité », a-t-il déclaré à la BBC.
Procès, accusations de fraude et retours sur Terre
Le projet a également été plombé par des litiges. En 2021, Devyne Stephens, ancien partenaire d’Akon, l’a poursuivi en justice pour 4 millions de dollars, accusant le projet de ressembler à une opération frauduleuse. Certaines voix parlaient d’un “Ponzi urbain déguisé”. L’affaire a été en partie réglée à l’amiable, mais a terni durablement la crédibilité de l’artiste en matière de développement.
Au Parlement sénégalais, des critiques ont fusé. Le député Bara Gaye a dénoncé dès 2023 un « scandale » et s’est interrogé sur la complaisance de l’État face aux retards à répétition.
Un site stratégique toujours convoité
Malgré l’échec du projet, le site reste stratégique, notamment en vue des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, que le Sénégal doit accueillir. Les autorités ont indiqué vouloir travailler avec Akon sur un projet « plus réaliste », sans donner de détails à ce stade.
La saga d’Akon City apparaît aujourd’hui comme une leçon cruelle : celle d’un enthousiasme technologique sans assise concrète, où la volonté d’incarner un rêve africain s’est heurtée à la rigueur des réalités économiques et juridiques.
La Rédaction

